Confusion malsaine


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Confusion malsaine
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Dimanche dernier, les garde-côtes libyens ont empêché un navire humanitaire de s’approcher d’une embarcation en détresse alors que des migrants étaient à l’eau. L’Aquarius, affrété par SOS-Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), a été prévenu par les garde-côtes italiens de la présence d’un canot surchargé au large de Tripoli. Mais Rome a aussi prévenu les garde-côtes libyens, qui ont pris la coordination de l’opération et interdit au navire de s’approcher, lui ordonnant même de s’éloigner.
C’est inacceptable! Mais ce qui est inqualifiable, c’est le silence de la communauté internationale. Faut-il rappeler que dans nos pays, la non-assistance à personne en danger, c’est-à-dire l’abstention de porter secours, est punissable par la loi. En Belgique, depuis 1961, le Code pénal prévoit un emprisonnement de huit jours à un an et une amende de 50 à 500 euros ou une de ces peines seulement, celui qui s’abstient de venir en aide ou de procurer une aide à une personne exposée à un péril grave.
Ce qui choque aussi, c’est la confusion malsaine qu’entretiennent les autorités libyennes en comparant les ONG humanitaires aux passeurs. Confusion d’ailleurs aussi entretenue chez nous. C’est tout simplement scandaleux. Dans un Etat de non-droit comme la Libye, où la corruption règne en maître, on peut estimer que ces passeurs contribuent à corrompre les autorités politiques et policières. D’où ma question: pourquoi l’Union européenne continue-t-elle à collaborer avec le gouvernement libyen et même avec le régime d’Ankara? Pourquoi ne s’attaque-t-elle pas à combattre efficacement et avec fermeté les passeurs qui profitent de la misère de ces migrants pour s’enrichir?
Notre secrétaire d’Etat à l’Asile et à la migration n’a de cesse de dénoncer l’arrivée de migrants, comme d’autres gouvernements de l’UE. Ce n’est pas aux migrants qu’il faut s’attaquer, mais à ces passeurs dont on connaît les filières. Pourquoi, dès lors, rester inactif?
Notre monde a-t-il perdu toute humanité pour en arriver à ne pas venir en aide à ceux qui sont en péril. Sommes-nous devenus si matérialistes, que finalement l’enrichissement des passeurs, n’émeut plus?
Il y a urgence à choisir nos priorités car depuis l’an 2000, plus de 33.000 migrants sont morts en essayant de rejoindre l’Europe! Une ignominie.

Jean-Jacques DURRÉ
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