Le discours de la peur


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Le discours  de la peur
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

La semaine dernière, une polémique est née à propos du Parti Islam. Cette minuscule formation politique, qui ne compte que deux conseillers communaux en région bruxelloise, entend être présente dans quatorze des dix-neuf communes bruxelloises, ainsi qu’à Liège. Au-delà de cette information, qui pourrait paraître secondaire voire anecdotique, il y a surtout les propos de ses dirigeants qui ont fait réagir le monde politique. Pour eux, partant du fait que Bruxelles sera "majoritairement musulmane d’ici 2030", l’objectif à terme serait d’imposer la charia comme une loi primant sur notre législation et par-delà, sur nos valeurs. Inutile de dire que cela a provoqué une levée de boucliers dans le monde politique. Si certains souhaitent faire interdire purement cette formation politique – alors que le politologue Pascal Delwit confirme que c’est impossible et anticonstitutionnel, – d’autres ont sauté sur l’occasion pour dénoncer le discours identitaire et surfer sur la peur de l’étranger, a fortiori s’il est musulman. C’est hélas une situation qu’on constate de plus en plus en Europe.
Le discours de la peur fonctionne. Avec, pour conséquence, une montée en puissance des partis d’extrême droite et populistes dans plusieurs pays du Vieux Continent. Certes, le terrorisme et la crise des migrants expliquent en partie ce phénomène, tout comme l’usure profonde des partis traditionnels. L’essentiel est de ne pas nier ou minimiser les propos de ce parti Islam, si petit soit-il, mais de ne pas non plus hurler avec les loups. Les formations politiques qui réagissent avec virulence au discours identitaire entendent surtout faire le plein de voix en pointant du doigt l’autre, celui qui nous est étranger et ne partage pas notre culture. Et qui représente selon eux un danger. C’est tout aussi inquiétant.
Il est impératif de tenir un discours vrai sur l’immigration, les réfugiés et le mélange culturel et cultuel que nous vivons. Plus que jamais aussi, le dialogue inter-religieux est essentiel. Ne perdons pas de vue également que le "vivre ensemble", ne signifie pas vivre à côté - c’est le meilleur moyen de créer des ghettos - mais bien "vivre avec". Pour cela, nos responsables devraient favoriser la construction de projets communs. Comme le dit le rabbin Albert Guigui, c’est lorsqu’on bâtit ensemble que nous apprenons à connaître l’autre.

Jean-Jacques Durré
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