Au musée de la Boverie, des tableaux livrent leurs secrets…


Partager
Au musée de la Boverie, des tableaux livrent leurs secrets…
"L’offrande de Joachim repoussée", Attribué à Lambert Lombard.
Par Pascale Otten
Publié le
4 min

Pour le temps des vacances, nous vous invitons à Liège afin de découvrir l’exposition "10 ans de la Boverie: les coulisses d’une collection".

C’est un "vieux jardinier" qui accueille les visiteurs de cette expo-anniversaire à La Boverie. Ce grand tableau, moderne par son réalisme lumineux, a été peint en 1886 par Emile Claus, peintre des bords de la Lys. S’ensuivent trois cents œuvres d’art, peintures et sculptures du XVIe au XXe siècle, présentées pour le plus grand plaisir des yeux, mais aussi pour éveiller notre curiosité scientifique. En effet, certaines coulisses du musée sont présentées et montrent le travail réalisé par l’équipe du musée en collaboration avec le Centre européen d’archéométrie de l’université de Liège.

"Le vieux jardinier" - Emile Claus (1886)

Des oeuvres analysées en profondeur

Plusieurs œuvres ont en effet été analysées en profondeur, puis restaurées, et l’on découvre alors certains "secrets" des peintures. Par exemple, cette peinture du XVIe siècle, illustrant un passage de la légende dorée, voulant expliciter la Bible et raconter en détail la naissance de Marie. Plusieurs épisodes sont présentés, dont "l’offrande de Joachim repoussée" quand le futur père de Marie se rend au Temple. L’œuvre est attribuée à Lambert Lombart, le peintre liégeois, humaniste et homme de sciences, très apprécié par ses contemporains. Conception et style sont du maître, mais l’analyse par réflectographie infrarouge montrera un dessin plutôt réalisé par son atelier.

Le parcours nous entraîne en balade à travers le temps. Une analyse est faite sur "la violoncelliste" de Kees van Dongen, peintre hollandais du début du XXe siècle, vivant à Paris. Réalisé vers 1920, c’est l’époque où il peint le Paris des années folles. Une symphonie de bleus (cobalt, outremer…) irrigue le tableau très épuré. Des tons froids, mais une atmosphère chaleureuse se dégage de sa contemplation. A nouveau, l’analyse hyperspectrale livre un secret: un portrait féminin aux yeux en amande apparaît sous le tableau: est-ce un message de l’artiste ou bien a-t-il simplement réutilisé une toile?

"La violoncelliste" - Kees van Dongen (vers 1920)

Une collection marquée par l’histoire

L’idée de créer un musée à Liège vint à la Renaissance sous l’impulsion du prince-évêque qui enverra en Italie, son peintre officiel, Lambert Lombard. Le projet est avorté, mais au XVIIIe siècle, des collectionneurs le relancent. C’est seulement en 1905 que le bâtiment voit le jour dans le parc de La Boverie, pour l’exposition universelle.

L’histoire continue de se refléter dans ces collections: elles sont notamment le témoin de la barbare intolérance nazie qui organise, un an avant la déclaration de guerre, en 1939, une vente à la galerie Fischer de Lucerne de ce que les nazis considèrent alors comme art dégénéré. L’association des Amis des musées liégeois a réuni une cagnotte importante et y achète neuf tableaux majeurs, notamment de Picasso, Gauguin et Chagall, que l’on peut voir dans à La Boverie. "Les initiateurs sont bien sûr antinazis", explique le professeur Duchesne. La presse locale écrira que "ces achats liégeois sont une réplique à ce crime contre l’esprit" qu’est le rejet des artistes modernes. Un témoin de la vente ajoute ce commentaire sur l’importance d’acheter ces toiles: "Quand un artiste n’était pas acheté, c’était comme une condamnation à mort." La politique culturelle veut mettre en évidence l’art moderne et continuera ce projet en achetant cette année-là des tableaux à Paris.

En 2010, une extension très contemporaine du bâtiment sera construite par l’architecte Rudy Ricciotti, avec de larges baies vitrées ouvertes sur le parc. Elle accueille pour l’occasion un "jardin de sculptures".

Une "route" dédiée aux femmes artistes

La visite de l’exposition peut aussi se faire selon trois parcours au choix, dont l’un met en lumière les femmes artistes.

Notre époque découvre ou redécouvre de nombreuses artistes souvent méconnues qui ont jalonné l’histoire de l’art. Il faut dire qu’aux XVIIIe et XIXe siècles, les femmes n’étaient pas intégrées dans les formations académiques officielles en France et en Belgique. Des évolutions ont lieu au XXe siècle, mais leur visibilité reste réduite. Les recherches actuelles s’attachent à remettre en évidence ces femmes artistes. L’exposition leur trace une "route". Des artistes belges, comme Marie de Keyser au XIXe siècle, qui cessa de peindre après son mariage avec un peintre connu. Mercédès Legrand, victime des lois anti-juives de la France de Vichy. Et aujourd’hui, Marie Zolamian, réfugiée libanaise à Liège dont l’œuvre se nourrit d’un dialogue entre Orient et occident.

De belles découvertes pour faire rayonner l’été!

Pascale OTTEN

Jusqu’au 23 août à La Boverie (Parc de la Boverie - 4020 Liège).
Du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Infos : 04.238.55.01 - www.laboverie.com

Catégorie : Culture

Dans la même catégorie