Jean-Baptiste Ghins : « L’IA apporte une réponse à l’angoisse de la performance permanente »


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Jean-Baptiste Ghins : « L’IA apporte une réponse à l’angoisse de la performance permanente »
La revue trimestrielle En Question est publiée par le Centre Avec.
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le
3 min

Dans l’épisode de Décryptages du 26 juin 2026, il a de nouveau été question d’intelligence artificielle. Notre invité était le philosophe Jean-Baptiste Ghins. Ce dernier propose une approche à rebours des propos tantôt alarmistes tantôt béats que l'on peut entendre habituellement à ce sujet. Il s'interroge notamment sur les enjeux soulevés par l’irruption fulgurante de l’IA dans nos vies et dans nos activités collaboratives. Si nous l'accueillons aussi volontiers, est-ce parce que l'IA répond à un besoin précis, voire à un manque... et si oui, lequel ?

On dit souvent que l’IA représente une menace inédite, qu’elle va remplacer nos métiers, nos œuvres artistiques, peut-être même notre pensée. Dans l’article que vous avez publié dans la revue trimestrielle En Question vous proposez de vous interroger autrement : si l’IA a pris si vite autant de place, n’est-ce pas parce qu’elle répond à un besoin et à un modèle de société ?

C’est en effet le point de vue que je défends. Je m’oppose à des narratifs qui verraient dans l'IA une forme d'envahisseur externe qui viendrait détruire nos formes de vie. En fait, notre société était prête à accueillir l'IA. On est en effet dans une société beaucoup plus compétitive qu'avant, avec une sécurité sociale qui tend à se détricoter, le nombre de CDI qui tend à diminuer et donc une compétition généralisée entre les individus et une peur de la précarisation qui tend à se généraliser. Dans ce contexte, les personnes s'interrogent de plus en plus: Qu'est-ce que je dois faire pour réussir ? Comment est-ce que je peux m'inscrire dans cette société qui semble mettre de plus en plus d'obstacles sur mon chemin ? Il me semble que l'IA se présente comme une planche de salut face à ces questions.

À l’échelle individuelle, vous avez accès à ChatGPT par exemple. Tout à coup, vous pouvez rédiger des lettres de motivation beaucoup plus vite, vous pouvez vous entraîner pour candidater. Quand vous travaillez, vous allez pouvoir être beaucoup plus performant. En tout cas, c'est ce qu'on vous promet. Et il me semble que c'est sur cette nécessité de la performance permanente que l'IA vient se greffer.

Forcément, si quelqu'un a peur de rater, il peut avoir tendance à déléguer ses choix, et même son attitude à une IA, puisque l'IA justifie ce qu'elle produit sur base d'un calcul massif de données. Statistiques à l’appui, elle semble plus en mesure que nous-mêmes de répondre à des attentes sociétales que l'individu ne peut plus anticiper.

D’après une interview du philosophe Jean-Baptiste Ghins dans l’émission Décryptages, une émission produite par CathoBel à destination des antennes locales de RCF en Belgique francophone. Jean-Baptiste Ghins est chargé de cours à l'UCLouvain, membre du comité de rédaction de la revue En Question, il a pris part à la coordination du dernier numéro de cette revue, un numéro en grande partie consacré aux questions d’IA et de gouvernance. L’intégralité de cet échange est à retrouver dans le podcast en exergue.

Pour consulter et se procurer la revue En Question : https://centreavec.be/revue/

Illustration musicale : Fabrizio

Catégorie : Décryptages

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