Théâtre : Entendre le poids du silence


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Théâtre : Entendre le poids du silence
Un décor minimaliste où tous les gestes sont pensés © Alice Piemme - AML
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
3 min

Le Silence de Claire Lagrange ou le séjour d'une jeune femme, d'apparence ordinaire, en institution psychiatrique. Une pièce qui interroge les conventions sociales et les glissements vers la folie qui peuvent s'opérer, contre toute attente.

En quelques années, Céline Delbecq est devenue une valeur sûre du théâtre belge. Avec Le Silence de Claire Lagrange, l'auteure, metteuse en scène et comédienne monte sur scène pour dire le mal-être de ceux qui sont placés en institution psychiatrique. A ses côtés, des Playmobil qu'une artiste anime comme des marionnettes. Projetés sur grand écran, les mouvements des personnages en plastique rendent avec précision les pensées de la narratrice.

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Dans la vie – observent deux résidents – il y a les gens de la ville, qui ne cessent de compter et de courir. Et puis, il y a ceux qui ont décroché à force de se taire ou de ne plus arriver à suivre le rythme, comme Silvia, cachée derrière un livre qu'elle ne lit pas et de nouveau en résidence surveillée pour trois semaines. Entre les deux univers, se trouve une forêt, dans laquelle certains, comme la mère de Claire Lagrange, redoutent de se perdre. Claire Lagrange est une femme au parcours rassurant et en apparence lisse. Avocate, mère de famille, elle est discrète, terriblement discrète. Jusqu'au jour où tout bascule. C'est son fils Roméo qui prononce les mots qui crucifient : "Maman est folle".

Céline Delbecq au sommet de sa forme © Alice Piemme - AML

Un huis clos forcé

Assommée par les gouttes – 18, ce n'est pas rien – Claire Lagrange ne dit plus un mot. A peine laisse-t-elle échapper un murmure. Son occupation ? La peinture à la gouache d'un poisson. Ne serait-ce pas une murène ?, se demandent Jean et Silvia, qui guettent ses réactions. Tous trois se retrouvent, malgré eux, dans une pièce commune refroidie par un courant d'air persistant. Celui-ci est à l'image des troubles existentiels qui pourfendent l'armature des existences. Pour surveiller les patients, davantage que d'en prendre soin – en raison du manque de temps et des dossiers à remplir –, un Playmobil à l'allure vive traverse la pièce, tout de blanc vêtu comme les infirmières. "Elle compte, c'est un peu comme parler, mais avec des chiffres", constate Silvia.

Une attention à la fragilité

Céline Delbecq a de l'affection pour "les personnages qui s'étonnent devant ce qui ne nous étonne plus. Ils attirent notre attention (avec douceur) sur cette souffrance humaine que nous côtoyons tous les jours sans la voir". Ainsi, Jean, qui cherche des bribes de phrases pour son livre à venir et ne manque pas d'être émerveillé par la vision d'une biche, aperçue depuis la double fenêtre de l'institution. Quant à Claire Lagrange, elle était animée par un projet de rédaction ambitieux, au point de la dévorer : Reconstruction physique et psychique d'un individu dérangé par la menace persistante d'une destruction capitale. La voilà sommée par Dieu d'accomplir un exploit. Mais, pour autant, un phénomène de décompensation psychotique la range-t-il du côté des fous ?, s'interroge Céline Delbecq. Et après la camisole chimique, qu'advient-il de toutes les Claire Lagrange dans une société qui prône l'efficacité ?

Angélique TASIAUX

Le Silence de Claire Lagrange est à voir au théâtre Le Vilar (salle Blocry) jusqu'au 15 avril. Ensuite, les 28 et 29 mai à la Maison poème (Saint-Gilles), les 6 et 7 octobre à la Maison de la Culture de Tournai. 

Catégorie : Belgique

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