Minorité ancienne mais menacée, les chrétiens d’Iran subissent une répression accrue, surtout pour les convertis. Dans un contexte de crise, leur situation s'est très fortement détériorée ces derniers mois , tandis que la diaspora s’organise pour soutenir une communauté en danger.
Ancrés en Iran depuis des siècles, les chrétiens voient aujourd'hui leurs traditions fragilisées et sont la cible d'une répression féroce. Le christianisme est présent en Perse depuis les premiers siècles et constitue aujourd’hui une minorité numériquement faible mais historiquement enracinée. Les estimations varient entre 117 700 et plus d’un million de chrétiens, selon que l’on inclut ou non les convertis issus de l’islam. La population totale de l'Iran est estimée à plus de 92 à 93 millions d'habitants début 2026. La majorité des chrétiens appartient aux communautés arménienne et assyro-chaldéenne, non-persophones, possédant leurs propres traditions liturgiques et culturelles. Ces groupes sont concentrés surtout à Téhéran et dans la région d’Ispahan, après un long mouvement d’urbanisation favorisé par l’anonymat des grandes villes.
Les chrétiens reconnus bénéficient officiellement du statut de minorité protégée inscrit dans la Constitution iranienne. Ils disposent de trois sièges au Parlement (deux arméniens, un assyro-chaldéen) depuis 1984 (source : Cairn Info - Les cahiers de l'Orient). Cependant, cette reconnaissance reste largement théorique : discriminations administratives, restrictions professionnelles, limitations scolaires et obligation de se conformer à la législation islamique affectent fortement leur vie quotidienne.
Dans un entretien accordée à CathoBel en février 2025, le cardinal belge Dominique Mathieu, archevêque de Téhéran-Ispahan, chiffrait les membres des minorités religieuses en Iran. "Les Assyriens et les Arméniens ont leurs associations et ont même des députés au Parlement. Chacune de ces deux communautés comprend une Eglise orientale et une branche catholique, mais il y a aussi des protestants. Les Arméniens catholiques, sont à peine 30 familles dans tout le pays. Ils ont un évêque à Téhéran. Quant aux catholiques assyriens, ils portent le nom d’Assyro-chaldéens. Leur archevêque est originaire d’Irak. Ils sont environ au nombre de mille cinq cents. Et puis il y a les Latins, c’est-à-dire les catholiques romains. Parmi eux, il y a une importante communauté de femmes catholiques venues d’Asie. On estime qu’elles sont 1.300".
Une persécution croissante, surtout pour les convertis
Les chrétiens convertis constituent le groupe le plus exposé. Considérés comme une menace pour la sécurité nationale, ils subissent arrestations, descentes de police, torture, longues peines de prison et interdiction de se réunir en public. Les églises officielles n’ont pas le droit de les accueillir, obligeant ces croyants à se réunir en églises de maison.
Depuis 2024‑2025, les chiffres témoignent d’une intensification dramatique de la répression. En 2025, les ONG Article 18, CSW et Open Doors recensent 254 arrestations de chrétiens (une proposition qui a doublé depuis 2024) avec des peines combinées atteignant 280 années de prison, signe d’un durcissement systématique de la justice iranienne. Les convertis sont fréquemment accusés de "propagande contraire à l’islam" ou de "collaboration avec des puissances étrangères". En 2025, une femme enceinte, Narges Nasri, a été condamnée à 16 ans de prison dont 10 ans pour "activités de propagande contraires à la loi islamique". Selon International Christian Concern, l’Iran figure parmi les pays les plus oppressifs au monde pour les chrétiens, avec des arrestations menées par les services du renseignement.
Soulèvement populaire et répression accrue
Depuis fin 2025, l’Iran traverse une crise sans précédent : manifestations massives, répression violente, fermeture d’Internet et escalade militaire régionale. Les autorités ont tué des milliers de manifestants, selon plusieurs médias et ONG, aggravant la vulnérabilité des minorités religieuses. En janvier 2026, la répression s’est intensifiée : l’Etat a coupé communications et accès aux réseaux, rendant la situation des chrétiens quasi invisible au monde extérieur. Les convertis sont particulièrement ciblés dans cette stratégie de contrôle total, comme le souligne un rapport conjoint de quatre organisations chrétiennes, évoquant un régime qui cible les croyants en les présentant comme des ennemis intérieurs.
En juin 2025, le cardinal belge Dominique Mathieu, archevêque de Téhéran-Ispahan témoignait des difficultés de maintenir des célébrations malgré les menaces. Le cardinal belge a vécu de très près les échanges de frappes qui ont impliqué l’Iran, Israël et les États-Unis, du 13 au 24 juin 2025. Malgré l’instabilité ambiante, il poursuivait la célébration de l’eucharistie, selon les circonstances et "la convenance des quelques fidèles qui n’avaient pas déserté la capitale". Evoquant alors un cessez-le-feu fragile le cardinal belge estimait que "la paix ne pointe pas encore à l’horizon".
Après les frappes américano-israéliennes de fin février 2026, la communication avec les communautés chrétiennes d’Iran est devenue presque impossible. Les blocs de satellite et d’Internet ont isolé ces croyants, incapables de contacter la diaspora. Des responsables parlent d’une "anticipation d’un changement", mêlée de peur face aux représailles potentielles du régime. (source : christianitytoday.com)
La diaspora chrétienne reste mobilisée
L’émigration chrétienne est ancienne mais s’est accélérée après 1979. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de chrétiens d’origine iranienne vivent en Europe, aux États-Unis et au Canada, cherchant un espace où pratiquer librement leur foi. Depuis 2025‑2026, cette diaspora joue un rôle croissant. En janvier 2026, elle s’est massivement mobilisée lors des rassemblements mondiaux de solidarité, avec plus de 250 000 personnes à Munich, 350 000 à Toronto et 350 000 à Los Angeles pour dénoncer la répression en Iran. Ces diasporas soutiennent les Eglises de maison, financent des œuvres de traduction biblique, et tentent de maintenir des liens malgré le blackout numérique imposé par Téhéran. Beaucoup témoignent aussi de l’augmentation notable des conversions en Iran, malgré les risques, et portent un message d’espérance pour un pays en mutation profonde.
MVL
Sur le sujet, écoutez le podcast de RCF En Iran, les chrétiens pris dans l’étau de la répression

