Après « Sacerdoce », le film « Les Baroudeurs du Christ » s’intéresse à la figure du prêtre, sous l’angle de l’aventure et du don total


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Après « Sacerdoce », le film « Les Baroudeurs du Christ » s’intéresse à la figure du prêtre, sous l’angle de l’aventure et du don total
Par Jacques GALLOY
Publié le
4 min

Avec Les Baroudeurs du Christ, Damien Boyer nous amène aux confins de l’Asie et de Madagascar, sur les traces de prêtres missionnaires. Ce film-documentaire sort en Belgique le mercredi 25 mars, avec plus de 10 séances spéciales en présence de missionnaires.

Après le succès de Sacerdoce, Damien Boyer poursuit son exploration de la figure du prêtre, mais cette fois sous l’angle de l’aventure et du don total. Son film suit cinq prêtres des Missions Etrangères de Paris (MEP) au Cambodge, en Inde, en Corée du Sud, à Madagascar et à Taïwan. Cinq hommes qui décident de s’engager à vie dans un pays qu’ils n’ont souvent pas choisi.

Pour le réalisateur chrétien, l’objectif était de "réajuster” l’image du prêtre en 2026, souvent marquée par les crises de l’Eglise. Il s’explique: “Qu’est-ce qu’on est prêt à perdre pour recevoir? Qu’est-ce qu’on est prêt à donner pour se sentir vivant? Ce sont ces questions que je veux nous poser à travers ces profils uniques.” Parmi ces visages, celui du père Yves Moal, à Taïwan, a particulièrement marqué le cinéaste par sa relation profonde avec les exclus: “Ce prêtre prend le risque d’être proche d’un homme tellement violent que tout le monde en a peur. Il prend ce risque et on voit dans le film que cet exclu s’attache très fort à l’homme d’Eglise.”

Damien Boyer voit dans le succès rencontré par des films tels que Sacré Cœur ou Les Baroudeurs du Christ le signe d’une époque qui a soif de sens.

Emotion et vérité

Le film a été présenté aux protagonistes eux-mêmes lors d’une projection privée à Rome. “Le premier bonheur, c’était de se voir, de découvrir la mission des autres. Ils étaient très heureux parce qu’ils sont souvent seuls et très concentrés sur leurs tâches”, confie Damien Boyer.

Du côté de l’institution, le regard porté par le réalisateur – d’origine protestante – a été accueilli avec gratitude pour sa justesse: “Ils ont vraiment accepté mon point de vue, même si nous avons abordé des sujets difficiles comme le colonialisme. Nous avons réalisé un film qui présente la réalité.” 

L’accueil du public souligne également la portée universelle de l’engagement de ces prêtres. Une spectatrice s’y est reconnue, en évoquant la maternité. “Ce film nous parle, nous les mères, parce qu’en tant que mères, on est également prêtes à crever pour nos enfants”, a-t-elle ainsi confié au réalisateur.

Elephant Man, choc fondateur 

L’œuvre de Damien Boyer est irriguée par des influences humanistes et chrétiennes fortes. Cinématographiquement, il cite Elephant Man, de David Lynch, comme un choc fondateur, un film qui le “chamboule d’humanité” en montrant que “dans les plus infâmes pénombres, Dieu vient, se glisse, se faufile et nous retrouve”.

Humainement, il évoque le pasteur Joël Athia, actif à Charleroi, comme un modèle de connexion aux autres: “Il m’a appris à être proactif, à bosser ensemble, même dans l’entrepreneuriat, c’est très lié.” Il illustre son propos en présentant une sculpture tanzanienne posée sur son bureau: la Ujamaa. Elle représente une pyramide humaine: “Elle symbolise en fait le regard de l’humanité. C’est-à-dire que c’est seulement en se tenant et en s’entraidant les uns les autres que l’humanité peut avancer.”

Un succès paradoxal

Alors que la fréquentation globale des cinémas vacille et que le nombre de catholiques baisse, les productions chrétiennes comme Sacré Cœur ou Les Baroudeurs du Christ font le plein. Damien Boyer y voit le signe d’une époque qui a soif de sens: “Malraux avait raison. Nous vivons un siècle très spirituel. Je pense que l’homme cherche Dieu tout le temps ou cherche le divin, cherche le vrai.”

Selon lui, la déchristianisation de la société a paradoxalement levé certains tabous: “Je crois qu’on est un peu plus détendus parce qu’on a moins d’a priori sur l’Eglise. Les gens se posent des questions naturelles: qu’est-ce qui se passe après, avant? Je veux des réponses et du sens.” Il conclut sur une note d’optimisme pour la création cinématographique: “Je suis hyper enthousiaste sur ce momentum. On est capable de faire des films très différents avec des pensées surprenantes.”

Jacques GALLOY

Catégorie : Culture

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