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Mgr Lejeusne, évêque référendaire des étudiants : « Si nous ne sommes pas là, je ne sais pas où nous pourrions être »


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Mgr Lejeusne, évêque référendaire des étudiants : « Si nous ne sommes pas là, je ne sais pas où nous pourrions être »
Par Jean Lannoy
Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le
6 min

Nommé évêque référendaire pour les jeunes, les pastorales étudiantes et des vocations, Mgr Fabien Lejeusne a rejoint les universitaires de Louvain-la-Neuve pour une messe de rentrée. Proximité, écoute et accompagnement : pour lui, la crédibilité de l’Église se joue d’abord sur le terrain.

Ils ont souhaité pouvoir célébrer ce début d’année avec une Eucharistie.” Ce soir de début février, à Louvain-la-Neuve, Mgr Fabien Lejeusne regarde l’assemblée et mesure ce que cela dit, concrètement, du lien entre les jeunes et l’Église. Un geste simple, presque à contretemps dans une période où tout va vite : les cours, les examens, les engagements, les relations, la vie en colocation... Et ce désir-là, le nouvel évêque de Namur refuse de le considérer comme anecdotique.

“Ce n’est pas anodin d’avoir ces 200 jeunes qui souhaitent dire ‘nous voulons nous nourrir de l’Eucharistie au moment où nous commençons une nouvelle étape de notre année.’” indique-t-il en précisant cependant que ce ne sont pas les chiffres qui importent le plus. Et l’évêque de Namur lâche alors une phrase qui résume tout, comme une boussole pastorale : “Si nous ne sommes pas là, je ne sais pas où nous pourrions être.”

"Présence, proximité, accompagnement"

Depuis peu, Mgr Fabien Lejeusne est aussi évêque référendaire francophone pour les jeunes et pour les pastorales étudiantes. La mission, dit-il, tient en trois mots : une mission de proximité, de présence et d’accompagnement. D’abord des équipes en charge directement de la pastorale des jeunes, des vocations et des étudiants ; mais aussi des étudiants eux-mêmes, pour leur témoigner l’intérêt de l’Eglise.

Dans son cas, cette nomination n’arrive pas comme un hasard : “Mon ministère pendant de nombreuses années a été auprès des jeunes, collèges, lycées, étudiants... Il y a donc une continuité, je peux encore comprendre et parler leur langage.”

Mais il ajoute aussitôt une nuance qui empêche les slogans : les jeunes ne forment pas un bloc monolithique, insiste-t-il. Il y voit de l’instabilité, des difficultés, mais aussi des lieux de joie, de générosité et d’engagement, “chacun avec son histoire particulière”.

Parler aux jeunes, est-ce facile pour l’Église ? “Non, répond-il, c’est un défi permanent de continuer à parler le langage du monde sans pour autant se laisser happer par lui.” Et de préciser ce qui, pour lui, doit rester au centre : “Annoncer le Christ vivant, Dieu proche d’eux, un Dieu qui s’est fait homme et qui leur témoigne sa proximité et son amour.”

Il reconnaît un décalage inévitable. Mais il refuse d’en faire un alibi : “Quand le cœur y est, on s’adapte.” Le problème, selon lui, n’est pas d’être “à la mode”, mais d’avoir quelque chose de vrai à dire, avec des mots ajustés “pour dire une réalité qui nous dépasse.”

Crédible par le sérieux de l’accompagnement

Reste la question qui traverse toutes les pastorales : l’Église demeure-t-elle crédible ? Mgr Lejeune ne répond pas par une stratégie de communication. Il parle d’attitude. “Je crois que l’Église est vraiment crédible par son sérieux dans l’accompagnement, par sa manière finalement d’être avec sans vouloir forcément s’imposer.”

Il évoque aussi des signes qu’il lit comme une recherche spirituelle : le nombre de catéchumènes et les demandes de confirmation d’adultes, qui montrent, dit-il, que “ces jeunes recherchent une spiritualité, quelque chose qui les dépasse.” En ajoutant la confiance à l’Église pour les accompagner sur ces chemins. Cette confiance, insiste-t-il, n’est pas un dû. Elle se nourrit d’une réciprocité dans l’accompagnement et l’écoute.

S’ils sont une priorité, explique l’évêque, ce n’est pas parce qu’ils représenteraient un "public-cible" à (re)conquérir. C’est parce qu’ils sont déjà là, déjà acteurs : “On aime souvent dire que c’est l’Église de demain. Non, en fait, ils sont déjà là aujourd’hui.” Et parce qu’ils sont “une génération en construction”, l’Église, selon lui, doit participer à cette construction, dans la mesure des moyens et des demandes. Il va même plus loin : ces jeunes, “dans les lieux où ils vivent”, à l’université comme au travail, “vont rayonner de cette joie de l’Évangile”. Mais attention : avant d’en faire des “relais”, il faut d’abord “les aider à faire une expérience spirituelle”, parce que, dit-il, “on transmet ce qu’on a d’abord reçu”.

"Se poser", malgré le rythme infernal

L’un des obstacles majeurs à la vie intérieure serait le temps. “Quand on est pris dans ce rythme universitaire, avec sa partie études et sa partie festive, il faut trouver comment se réserver une respiration”. Sa proposition, c’est de se réserver du temps pour dire : “Bon, là je me pose, je me pose avec le Seigneur, et je vais écouter la parole de Dieu.”

Et il élargit : ce n’est pas qu’une affaire d’étudiants. “Les jeunes qui sont dans le monde du travail aussi sont pris par un rythme infernal. Tu peux t’arrêter pour te mettre à l’écoute du Seigneur. C’est ça le message essentiel.”

L’évêque encourage aussi les jeunes à se laisser bousculer. Il l’explique sans détours : “Ne pas finalement enfermer Dieu dans ce qu’on croit connaître aujourd’hui de lui.” Il rappelle que l’Évangile lui-même raconte des auditeurs choqués et stupéfaits. “Le Seigneur vient te chercher: ‘J’ai besoin de toi. Es-tu prêt à répondre à cela ?’” Et au milieu des décisions (études, couple, séminaire, vie consacrée...), il propose une posture : “Laisse le Seigneur encore te parler et affiner ton choix, discerner avec d’autres, avec tes condisciples ou tes aumôniers”. Et cette question, presque centrale : “Où est-ce que tu serviras le mieux le Seigneur comme il t’appelle ?”

Une "soirée casino" pour une autre proximité

Après la célébration, la rencontre a continué dans les sous-sols de la chapelle, lors d’une "soirée casino" avec des faux billets… à son effigie ! L’évêque y voit l’occasion d’une autre proximité, plus libre, plus fraternelle. Et l’homme de confirmer ce dont personne ne doute : “Je suis très à l’aise dans ce genre de rencontres, de discussions à bâtons rompus.” Une occasion qui permet aux jeunes d’oser quelquefois une parole moins évidente qu’au sortir de la messe. Il évoque déjà d’autres visites, notamment à Alma, sur le campus universitaire de Woluwé, ainsi qu’à la chapelle universitaire de Namur le 25 février prochain.

Dans son diocèse comme dans les pastorales interdiocésaines qui lui sont confiées, Mgr Lejeusne est aujourd’hui dans la rencontre et la découverte. Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer quelques souhaits aussi : “Je souhaite à tous ces jeunes de vivre dans la confiance, dans la joie et dans l’espérance, en s’appuyant les uns sur les autres, et sur le Christ qui est le rocher.”

Retrouvez l'interview de Mgr Lejeusne en vidéo :

Jean LANNOY

Catégorie : L'actu

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