Dans le dernier épisode de l’émission "Décryptage", les invités étaient le frère dominicain Laurent Mathelot et l’expert en affaires européennes Michel Maroy. Il a d'abord été question de l’Iran dont la population souffre à mesure qu’elle se révolte. La guerre promise par le président Trump est-elle effectivement le seul moyen de faire plier le régime des Mollah ?
Depuis un mois, des milliers d’Iraniens se soulèvent. Pourtant, les Mollah ne tombent pas. La société iranienne est à bout de force et ne dispose pas, à elle seule, des moyens nécessaires pour renverser un appareil d’État qui s’accroche au pouvoir par la violence et la répression. Pourtant le régime iranien est faible, plus que jamais. Faible économiquement et politiquement, il est aussi très isolé diplomatiquement. Même les sanctions internationales mettent l’économie iranienne en souffrance, cela ne suffit pas pour faire tomber un régime prêt à tout pour se maintenir (et maintenir son influence dans la région sur fond de prolifération nucléaire).
Frapper fort
C’est dans ces circonstances que le président américain Donald Trump menace de décapiter le régime iranien et d'agir militairement dans ce sens. Bien sûr, cette posture est critiquable en soi et elle l'est encore plus dans le cas d’un président qui a fait campagne en s’opposant à tout engagement militaire américain. Néanmoins, la force, le feu, la guerre, peuvent aussi apparaître comme les seuls moyens crédibles, à ce stade, pour faire tomber les Mollah et de retarder leurs efforts pour se doter de capacités nucléaires dévastatrices. Mais alors, faire tomber le régime pour mettre qui à la place ? Telle est la question sous-jacente. Une question encore plus complexe.
36 000 morts (au moins)
Pour le frère dominicain Laurent Mathelot "Oui, il y a un moment où il faut faire appel à une force militaire. Une force proportionnée aux objectifs que l'on se fixe, en fonction de la capacité de réaction à laquelle on fait face. On est quand même confrontés à une violence inouïe : 36 000 morts en quelques jours seulement, des tortures avérées, etc".
Et Frère Laurent de poursuivre : "On a très peu d'informations actuellement. Les services secrets américains et israéliens en savent certainement beaucoup plus que nous sur la situation locale. Je vous le demande : que fait-on face aux tyrans ? Le peuple se soulève, mais il est sans moyens et il n'obtient comme réponse que des fusils pointés sur lui. Donc il faudra je crois, avec une certaine force, faire chuter le régime des Mollahs. La question n'est en fait que celle de l'ampleur de ces frappes et de leur gradation dans le temps".
Et si pas maintenant, quand ?
L’expert en affaires européennes et internationales Michel Maroy se veut plus prudent à ce sujet : "Trump a probablement écouté ses conseillers militaires et de vrais géo-stratèges qui lui ont expliqué qu'une aventure militaire n'est pas toujours l'option la meilleure". Pour Michel Maroy, la question de la décapitation du régime se pose aussi en termes de place dangereusement vacante : "Et même si on utilisait la force, on n'est pas sûr d'aboutir à la chute du régime. Et quand bien même on aurait la chute du régime, cela donnerait lieu à une implosion. Il n'y a pas, en Iran, un outsider crédible dont on serait sûr qu'il serait capable de reprendre le pouvoir".
Un hymne sans espoir
En clôture de cet échange et avant de passer à la suite, nous avons diffusé la célèbre chanson Baraye (qui signifie "à cause de" en Persan). C’est une chanson composée et interprétée par l'artiste iranien Shervine Hajipour.
Mise en ligne en septembre 2022, au début des manifestations qui ont suivi la mort de Masha Amini - une jeune iranienne arrêtée par la police des mœurs iranienne pour « tenue vestimentaire non conforme » - cette chanson est vite devenue l’hymne d’une génération avide de changement. Elle symbolise encore aujourd'hui le soulèvement massif de 2022. Mais elle témoigne aussi (puisque rien n'a changé depuis) de l’impossibilité de renverser le régime des Mollah par la seule force de la révolte et des manifestations.
J. P.

