Ce dimanche 11 janvier, le 800e anniversaire de la cathédrale de Bruxelles a été inauguré par une messe pontificale. Envoyé spécial du pape Léon, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a présidé l’eucharistie en présence du Roi et de la Reine. Dans son homélie, le cardinal a souligné que "la longue histoire" de la cathédrale ouvre nos yeux "vers l’avenir".
En cette matinée du dimanche 11 janvier, la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule était en pleine effervescence. A 11h, une messe pontificale va marquer l’ouverture de Gudula26, une année de festivités consacrée aux 800 ans de ladite cathédrale. Pour cette occasion, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, doit présider la célébration comme représentant de Léon XIV. En attendant l’arrivée du cardinal, mais aussi du Roi et de la Reine, les invités se pressent sur le parvis et passent les contrôles policiers.

Des personnalités politiques sont également présentes. Sur le coup de 10h30, le cardinal Parolin arrive en même temps que le ministre des affaires étrangères, Maxime Prévot, qui échange quelques mots avec son homologue. L’organisation est impressionnante. A 10h45, tout le monde est en place. Dix minutes plus tard, le couple royale fait son entrée. Le moment est solennel, à l’image de la célébration qui s’ouvre quelques instants plus tard, et qui sera réglée comme du papier à musique. A défaut d’être exubérante, l’ambiance est priante.
Une vocation de "pont"

Le légat du pape prend place sur la cathèdre de l’archevêque, entouré des évêques de Belgique, de prêtres, de diacres et d’acolytes. Mgr Luc Terlinden prend la parole pour accueillir le cardinal Parolin et l’assemblée. Il pointe d’emblée le "charisme" propre de la Belgique, de Bruxelles et de sa cathédrale, citant le pape François lors de sa visite dans le Plat pays: "la Belgique est un pont qui favorise les échanges, met en communication et fait dialoguer les civilisations. Un pont, donc, indispensable pour construire la paix et refuser la guerre."
Et de poursuivre: "Cette vocation de pont est particulièrement pertinente à Bruxelles, capitale nationale et européenne. Depuis la fondation de la ville, cette église, dédiée à saint Michel, à qui s’est ensuite jointe sainte Gudule, a également joué un rôle de pont: entre les habitants de la cité, entre ceux-ci et les visiteurs, entre les princes et ceux qui nous gouvernent, entre l’Eglise et le monde, entre la foi et la culture… Cette vocation de jeter des ponts plutôt que de dresser des murs, de construire la paix et de refuser la guerre, nous sommes appelés à la poursuivre avec foi et espérance."
"De cette cathédrale, le regard s’étend à l’Europe"
Après les rites d’ouverture de la messe, la liturgie de la Parole reprend les lectures de la fête du jour, celle du Baptême du Seigneur. Vient ensuite le moment le plus attendu de la célébration avec l’homélie prononcée par le cardinal Parolin. Après avoir transmis "les salutations cordiales et la proximité spirituelle de Sa Sainteté le Pape Léon", il invite à "reconnaître la portée ecclésiale, historique et spirituelle" des 800 ans de la cathédrale de Bruxelles.
Développant une longue méditation sur le sens de l’anniversaire et la vocation de la cathédrale, Pietro Parolin souligne que sa longue histoire "ne referme pas les yeux sur le passé, mais les ouvre sur l’avenir. Elle n’invite pas à la nostalgie, mais à l’espérance. De cette cathédrale, située au cœur de Bruxelles, le regard s’étend à l’Europe. Ce n’est pas un hasard si cette ville est devenue l’un des lieux où l’Europe se construit et tente de se repenser: carrefour de peuples, de langues et de cultures, marquée par une tradition de dialogue et de médiation. Bruxelles rappelle que l’Europe est née de la rencontre et de la capacité à concilier les différences."

Le christianisme propose des critères humains essentiels
Le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège n’a pas manqué de souligner la situation actuelle et le rôle que peut y jouer la foi chrétienne. "L’Europe vit aujourd’hui une période marquée par la fragilité, les peurs et les fractures, qui ne sont pas seulement politiques ou sociales, mais aussi intérieures et culturelles, des difficultés qui la minent à ses racines. Dans ce contexte, le christianisme n’offre pas de solutions techniques, mais propose des critères humains essentiels: il rappelle que la dignité de la personne précède tout calcul, que la justice grandit en incluant et non en séparant, que la paix naît de la reconnaissance de l’autre et non de l’équilibre des peurs. Il s’agit d’une proposition sobre, mais décisive, qui ne cherche pas à s’imposer, mais à éclairer les consciences."

Les défis de l’Eglise aujourd’hui
Et de conclure cette réflexion: "C’est précisément dans ce contexte qu’apparaît l’un des défis les plus décisifs pour l’Eglise d’aujourd’hui. Non pas tant le fait d’être numériquement minoritaire – une condition qui accompagne souvent l’histoire chrétienne –, mais la perspective de devenir insignifiante. Ce n’est pas la faiblesse numérique qui fragilise le témoignage de la communauté chrétienne, mais plutôt la perte de son audace évangélique. Une Eglise s’affaiblit lorsqu’elle cesse d’être le sel qui donne du goût, la lumière qui éclaire, le levain qui fait croître."
Après l’homélie, la messe s’est poursuivie de façon classique par la profession de la foi, les intentions et la liturgie eucharistique alternant le français, le néerlandais et le latin. Après une prière pour le Roi, le cardinal Parolin a donné la bénédiction solennelle à l’assemblée. Après le départ du Roi Philippe et de la reine Mathilde, les coprésidents et l’assemblée ont quitté la cathédrale au son de l’orgue. L’année Gudula26 est officiellement lancée !

Christophe HERINCKX
