C’est en Turquie que le pape a commencé le premier voyage apostolique de son pontificat. Plusieurs moments forts ont marqué cette visite, dont la proclamation commune du Credo avec les différentes Eglises chrétiennes, sur les lieux mêmes où s’est déroulé le concile de Nicée il y a 1.700 ans. Un message central a marqué les différentes rencontres de Léon XIV : au nom du Christ, chercher l'unité et la fraternité.
Arrivé à Istanbul le jeudi 27 novembre, le pape a, comme le veut la tradition, adressé son premier message aux autorités politiques du pays. Rappelant que l’actuelle Turquie est "indissociablement liée aux origines du christianisme", il a tenu à souligner que cette terre où se croisent différentes civilisations "appelle aujourd’hui les fils d’Abraham et l’humanité tout entière à une fraternité qui reconnait et apprécie les différences". Pour le premier voyage apostolique de son pontificat, Léon XIV a donc insisté d’emblée sur la vocation universelle de l’humanité à la fraternité, au nom de l’Evangile qui, il y a 2.000 ans, s’est répandu dans cette région.
La force de l'Eglise "ne réside pas dans ses ressources"
Deuxième moment fort de son voyage: la rencontre avec la communauté catholique de Turquie, qui représente à peine 0,04% de la population, dans la cathédrale d’Istanbul. L’évêque de Rome l'a invitée à cultiver l’espérance, à la mesure de leur petitesse, qui est la voie choisie par Dieu lui-même: le Royaume de Dieu "se développe comme la plus petite de toutes les semences plantées dans le sol".
La force de l’Eglise, a insisté le Saint-Père, "ne réside pas dans ses ressources ni ses structures, pas plus que les fruits de sa mission ne proviennent du consensus numérique, de la puissance économique ou de l’importance sociale". Au contraire, elle "vit de la lumière de l’Agneau", toujours appelée à "s’en remettre à la promesse du Seigneur: ‘Ne craignez point, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner son royaume’".
Comme signe concret d’espérance, le pape Léon a évoqué les "nombreux jeunes qui frappent à la porte de l’Eglise catholique, en lui présentant leurs questions et leurs inquiétudes", invitant les pasteurs à "poursuivre le travail pastoral rigoureux" d’écoute et d’accompagnement des jeunes.
Qui est Jésus-Christ pour chacun de nous ?
Mais le point d’orgue de la visite papale fut sans aucun doute, vendredi, la prière commune du pape Léon et du patriarche Bartholomée, accompagnés des représentants des autres Eglises chrétiennes. Près des vestiges de l’antique basilique Saint-Néophyte, sur les lieux mêmes où s’est déroulé le premier concile de Nicée (aujourd’hui Iznik), ils ont proclamé ensemble le Credo de Nicée-Constantinople, reconnu par toutes ces Eglises comme une expression authentique de leur foi commune. Et comme une invitation à demeurer sur le chemin qui mène à la pleine unité.
Le pape y a prononcé ces mots forts: "En cette période dramatique à bien des égards, où les personnes sont soumises à d’innombrables menaces contre leur dignité, le 1.700e anniversaire du premier concile de Nicée est une précieuse occasion pour nous demander qui est Jésus-Christ dans la vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qui il est pour chacun de nous." "En niant la divinité du Christ", a poursuivi Léon XIV, "Arius l’avait réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin et l’humain restaient irrémédiablement séparés. Mais si Dieu ne s’est pas fait homme, comment les mortels peuvent-ils participer à sa vie immortelle? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui: la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre ‘participants de la nature divine’".
La foi au Dieu unique implique la fraternité
Outre la communion entre tous les chrétiens, le Credo de Nicée implique aussi "la recherche de la fraternité entre tous les êtres humains", a ajouté le pape. Car "il ne serait pas possible d’invoquer Dieu comme Père si nous refusions de reconnaître comme frères et sœurs les autres hommes et femmes, eux aussi créés à l’image de Dieu". A l’inverse, "l’utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence, comme toute forme de fondamentalisme et de fanatisme, doit être rejetée avec force, tandis que les voies à suivre sont celles de la rencontre fraternelle, du dialogue et de la collaboration" a conclu le Souverain pontife.
Démolir les murs de la méfiance
Samedi soir, Léon XIV a célébré la seule messe publique de l’étape turque de son voyage, en présence de quelque 4.000 fidèles. Un nombre exceptionnellement petit pour ce type de célébration pontificale, à l’image de la communauté catholique en Turquie. Dans son homélie, le Saint-Père a souligné la nécessité de construire des ponts, thème central de sa visite: un pont au sein de la communauté, entre les différentes confessions chrétiennes et avec les frères et sœurs appartenant à d’autres religions. Pour le premier dimanche de l’Avent, le pape a encore appelé "à valoriser ce qui nous unit, en démolissant les murs des préjugés et de la méfiance, en favorisant la connaissance et l’estime réciproque, pour donner à tous un message fort d’espérance et une invitation à devenir des ‘artisans de paix’".
C.H. (avec Vatican News)

