Le cardinal De Kesel se confie au micro de Sacha Daout: « Le pape François a davantage marqué l’Eglise que ses prédécesseurs »


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Le cardinal De Kesel se confie au micro de Sacha Daout: « Le pape François a davantage marqué l’Eglise que ses prédécesseurs »
Le cardinal De Kesel est le premier invité de Studio 156 ©RTBF
Par Vincent Delcorps
Publié le
4 min

Le cardinal De Kesel est l'invité de Sacha Daout dans le cadre du nouveau "vidéocast" de la RTBF. Dans un enregistrement d'une quarantaine de minutes, réalisé au mois d'août, l'homme d'Eglise se confie librement, sur des sujets de société comme sur l'actualité de l'Eglise.

C'est un tout nouveau projet. Invitée à investir de plus en plus dans l'univers du digital (et non plus seulement dans les médias classiques que sont la télévision et la radio), la RTBF vient de lancer son premier "vidéocast". Une série d'entretiens filmés, diffusés sur les plateformes digitales. C'est le journaliste Sacha Daout qui pilote le projet. "Je vous ferai découvrir, chaque semaine, des conversations sans fiches et sans filtre avec des personnalités, connues ou non qui nous disent tout sur leur parcours, leurs passions, leurs visions de notre monde", annonce-t-il. Et son premier invité n'est autre que le cardinal De Kesel...

La confidence de Sacha Daout

En réalité, le premier à se confier est le journaliste. "Je ne suis pas quelqu'un de croyant et je maîtrise mal le monde de l'Eglise et de la religion. Ma première question: qu'est-ce que c'est, aujourd'hui, que d'avoir la foi? Cela représente quoi?"

"C'est évidemment une question très englobante", réagit le cardinal, un brin surpris. "Pour moi, je dirais que la foi consiste à ne rien tenir pour évident. Je m'étonne toujours de tout ce qui existe, des autres, du monde qui m'entoure. Rien n'est évident, cela m'émerveille. (...) Evidemment, la foi signifie encore beaucoup d'autres choses..."

Pas peur de l'islam...

Le cardinal prend ensuite le temps de raconter son histoire. De partager son regard sur l'Eglise, aussi. "Avant le concile Vatican II, l'Eglise était une forteresse. Aujourd'hui, elle ne veut plus l'être. Mais on ne change pas une telle institution en quelques années... (...) Le pape François a été pape pendant douze ans. A mon avis, il a davantage marqué l'Eglise que ses prédécesseurs. Plus que Jean-Paul II, qui a quand même été un pape très fort. Et plus que Benoît XVI. Et je l'ai senti au dernier conclave: il n'y a pas de retour en arrière."

Les sujets défilent. Sacha Daout demande au cardinal si l'islam est une religion qui lui fait peur. "Je ne connais pas bien l'islam, je ne suis pas un vrai connaisseur", ouvre Jozef De Kesel. "Je ne pense pas avoir peur de l'islam. Mais j'ai peur de l'extrémisme, qui existe aussi du côté de l'islam... Mais aussi du côté chrétien. Et il y a même des extrémismes du côté de la sécularisation. Je suis plutôt convaincu que l'avenir, c'est un monde où l'on se respecte, où l'on accepte les différences." Pour le cardinal, le danger commence précisément lorsqu'une religion devient culturelle, hégémonique. "Ca, c'est un problème."

Le mal, la liberté, le bonheur...

Arrive la question du mal et de la souffrance. "Si Dieu nous aime tant, pourquoi nous laisse-t-il nous faire autant de mal?", demande le journaliste. "C'est une question à laquelle il n'y a pas de réponse. La religion n'est jamais la solution de nos problèmes, et Dieu non plus", réagit le cardinal. "La liberté est un mystère, et Dieu nous a laissés libres. Il ne nous a pas créé comme des gamins."

Mais alors, qu'est-ce que croire? Croire en quoi ? "Une force, oui", opine le cardinal. "On dit en effet de Dieu qu'il est tout-puissant. Mais ce n'est pas un pouvoir arbitraire qui peut faire n'importe quoi." Peinant quelque peu à trouver ses mots, le cardinal propose plutôt une comparaison: pas simple, pour un amoureux, d'expliquer pourquoi il l'est. "Vous voyez? C'est difficile, hein... La foi, pour moi, c'est d'abord l'action de grâce, pour tout ce qui existe et pour moi-même." Le cardinal enchaîne avec sa définition du bonheur. Qui ne peut, selon lui, être lié à des distinctions, des succès, des gains financiers. Mais plutôt au fait de se sentir reconnu et aimé. "Pour moi, ça, c'est Dieu. Ne pas se sentir seul. Je ne suis pas rien."

"Ce soir, nous avons un pape"

Pas trop déçu de voir des églises vides? "Ce serait le plus grand miracle du monde que les églises, aujourd'hui, soient pleines", réagit De Kesel. "Le christianisme n'est plus la religion culturelle, mais l'Eglise est présente dans la société."

Il est aussi question de hiérarchie et d'ambition. Lors du dernier conclave, Jozef De Kesel a-t-il vu des "candidats" tenter de se profiler? "Moi, je ne l'ai jamais senti, ni au pré-conclave", répond l'homme. S'est-il lui-même un jour dit: "pourquoi pas moi?" "Non", répond le cardinal, dans un sourire. "Théoriquement, tout le monde est candidat mais finalement, il n'y a que quelques candidats. On se connaît un peu..." Et De Kesel de citer le cas du cardinal Parolin, secrétaire d'Etat. "C'est un homme très compétent. Il était un grand candidat. Tout le monde savait cela."

Le cardinal De Kesel rappelle aussi que le conclave en tant que tel n'est pas un temps de discussion. "On ne discute plus, on vote." Dans la chapelle Sixtine, le cardinal De Kesel était assis entre le cardinal de Mexico et un provenant de Washington. Dès après le troisième vote, le cardinal belge leur dit: "ce soir, nous avons un pape". Ce sera effectivement le cas, au terme du quatrième scrutin.

Pour voir la totalité de la vidéo: https://auvio.rtbf.be/emission/studio-156-30594

Vincent DELCORPS


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