Opinion : “L’Église qui attire ne parle pas de réformes”


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Opinion : “L’Église qui attire ne parle pas de réformes”
La procession du Corpus Domini à New York célèbre la présence du Christ dans l'Eucharistie, avec une grande marche solennelle à travers les rues. © youtube
Par Gianni BARTOLOMEO
Publié le
6 min

« Sommes-nous vraiment sûrs que le christianisme est fini ? » Pas sûr, répond Gianni Bartolomeo qui le démontre par les grands rassemblements de foi organisés aux quatre coins du monde.

Le 2 juin dernier, dans les rues de New York et d'autres métropoles américaines, symboles de la modernité, on a pu observer – comme cela se produit depuis quelques années – quelque chose de surprenant : des processions pour la fête du Corpus Domini avec des milliers de personnes accompagnant l'ostensoir contenant l'eucharistie. En général, de nombreux passants observent ce spectacle inhabituel, le filment avec leur téléphone portable, se mettent à genoux, ou cherchent à comprendre ce qui se passe.

Parfois, ils reconnaissent que ce recueillement, cette musique, ces chants transportent l'esprit dans une autre dimension, nous éloignant du flux incessant des choses quotidiennes, et faisant émerger en nous un désir profond ainsi qu'une sensation d'écho de l’éternel comme une force libératrice. Certains considèrent tout cela comme un résidu du Moyen Âge, d'autres – face au nombre croissant de ceux qui participent à ces rites – se demandent : « Sommes-nous vraiment sûrs que le christianisme est fini ? ».

En effet, il suffit de regarder les tendances démographiques pour en douter. Les enquêtes montrent que la fécondité est plus élevée chez les femmes les plus pratiquantes, avec une descendance en augmentation depuis les générations nées dans les années 1950, y compris chez les catholiques. Alors que la pratique religieuse se raréfie, les valeurs familiales deviennent plus marquées chez la minorité de femmes qui continuent de pratiquer (https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2008-7-page-1.htm).

Mais – au-delà de la démographie – le christianisme montre une force d'attraction toujours renouvelée. Différents signaux nous le disent, pas seulement en Afrique. Par exemple, les données sur l'augmentation constante des baptêmes d'adultes en France : lors de la dernière veillée pascale, 7 000 personnes ont été baptisées (31 % de plus qu’en 2023), auxquelles s’ajoutent 5 000 adolescents âgés de 11 à 17 ans (50 % de plus). La tendance est aussi en augmentation en Belgique et en Grande-Bretagne.

Le récent pèlerinage de Paris à Chartres a également impressionné, avec cette année 15 000 pèlerins participants. En Belgique, l’initiative est reflétée par l’augmentation de la participation aux pèlerinages et autres manifestations de foi. Par ailleurs, les 8 et 9 juin, se déroule en Italie le pèlerinage de Macerata à la Sainte Maison de Lorette (la demeure de la Vierge Marie à Nazareth), promu par Communion et Libération : 30 km parcourus de nuit par des milliers de personnes, principalement des jeunes (en 2023, ils étaient 20 000, cette année on en prévoit encore plus). L'Année Sainte qui s'ouvrira à Rome le prochain Noël fera émerger, tout au long de 2025, ce peuple immense de la foi. L’Église qui attire est celle qui parle de Dieu, qui écoute Jésus-Christ plus que les intellectuels et les stars, celle qui prie, qui indique les sacrements et la communauté fraternelle pour vivre heureux.

Celle qui annonce avec le Pape François : « Vous n'êtes pas ici par hasard. Le Seigneur vous a appelés, dès le début de votre vie. Il nous a appelés par notre nom. Jésus m'a appelé par mon nom. Parce que nous sommes aimés. Nous avons été appelés parce que nous sommes aimés. C'est magnifique. Aux yeux de Dieu, nous sommes des enfants précieux, qu'Il appelle chaque jour à embrasser et encourager, pour faire de chacun de nous un chef-d'œuvre unique et original ». Ce n’est pas l’Église des médias, ce n’est pas le monde clérical qui s’occupe du gouvernement et des réformes institutionnelles, mais c’est l’Église mystique qui répond aux questions les plus profondes de l’homme sur le sens de la vie, sur le bonheur et sur la mort. Ce à quoi personne d’autre ne sait répondre. C’est pourquoi elle attire. Le cas des États-Unis est intéressant car ce pays est un guide de la modernité et de l’Occident laïque. Là, l’Église ne s’occupe pas de questions et règles parlementaires qui concernent les politiciens, mais va à l’essentiel de la vie de l’homme (pour cette raison, elle influence probablement la mentalité et les choix de ce pays).

Cela se démontre aussi en proposant le pèlerinage qui, depuis deux mille ans, est une tradition des chrétiens parce qu’il est une métaphore du voyage de la vie et aussi un témoignage public de foi en Jésus-Christ : c’est un peuple qui prie en suivant le Sauveur. En effet, non seulement les processions du Corpus Domini se dérouleront aujourd'hui parmi les gratte-ciels américains, mais depuis le 19 mai (Pentecôte) a lieu le plus grand pèlerinage eucharistique de l’histoire qui se conclura à Indianapolis où, du 17 au 21 juillet, se tiendra le dixième Congrès eucharistique national. Ce sont quatre pèlerinages qui se déroulent simultanément, à partir de lieux différents et symboliques, qui traversent les États-Unis d’une côte à l’autre (le plus long est de 3500 km), touchant des villes, des campus universitaires, des sanctuaires, des lieux où ont vécu les saints américains, dessinant une croix idéale sur le pays, une bénédiction qui – en une année de grandes turbulences politiques comme celle-ci – est significative.

L’initiative fait partie du projet de renouveau eucharistique décidé par la Conférence épiscopale des États-Unis en 2020. Mais ces grands gestes de prière attirent de plus en plus les foules partout, de la Pologne à l’Australie, de l’Afrique à l’Allemagne, de Medjugorje à l’Asie.

Un autre exemple frappant se vit en Italie, où depuis 276 ans, 223 hosties sont conservées intactes dans la basilique San Francesco à Sienne. Elles y sont vénérées par des milliers de pèlerins tout au long de l'année. Ces 223 hosties consacrées, conservées intactes depuis près de trois siècles, défient toutes les lois physiques et biologiques. Le 14 août 1730, des voleurs ont dérobé 351 hosties de cette église. Trois jours plus tard, les hosties ont été retrouvées dans une boîte à offrandes du sanctuaire voisin de Santa Maria in Provenzano, sans aucune altération. Les hosties ont été ramenées à la basilique lors d'une procession solennelle. Depuis, plusieurs examens scientifiques ont confirmé leur état intact. En 1914, une commission scientifique a conclu que les hosties étaient "intactes et physiquement préservées". Une contre preuve effectuée avec des hosties non consacrées a montré leur décomposition totale après dix ans. Le miracle des hosties de Sienne a été admiré par de nombreux pèlerins, y compris le Pape Jean-Paul II. Les hosties sont considérées comme un témoignage de la présence permanente de Christ dans l'Eucharistie.

L’Église qui attire se distingue par sa capacité à répondre aux besoins spirituels profonds de l'humanité, bien au-delà des simples réformes institutionnelles. En plaçant au premier plan le spirituel, elle se tient à l'écart de l'arène politique et des préoccupations temporelles. Les exemples de dévotion et de miracles, comme celui des hosties de Sienne, témoignent de la foi vivante et palpable qui inspire et soutient les croyants à travers le monde. Ces manifestations de foi rappellent que, même dans une époque moderne et souvent sceptique, le besoin de spiritualité et de connexion divine demeure puissant. L’Église continue d'attirer en se concentrant sur l'essentiel : la prière, les sacrements, et la communauté fraternelle. Ainsi, elle reste un phare de lumière et d'espoir, répondant aux questions les plus profondes de l'humanité sur le sens de la vie et la quête de bonheur.

Gianni Bartolomeo - chapô de CathoBel

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