Michel Gaillard : un abbé au milieu du monde


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Michel Gaillard : un abbé au milieu du monde
Michel Gaillard, Aumônier national pour l'aviation civile en Belgique. ©cathobel/AT
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Curé à Linkebeek, au sud de Bruxelles, l’abbé Gaillard se rend presque tous les matins au nord de la capitale, à l’aéroport de Zaventem. Aidé par une équipe de cinq bénévoles, il est aumônier national pour l’aviation civile.

C’est au retour d’un pèlerinage à Jérusalem que Michel Gaillard est entré au séminaire. Il est alors âgé de 28 ans, mais il avait ressenti cet appel dès l’âge de 18 ans. Auparavant, ce titulaire d’un master en comptabilité a d’abord travaillé dans le secteur privé. "J’ai rencontré le monde du travail, les réalités du quotidien et de notre société…", apprécie-t-il aujourd’hui. Après avoir géré les finances d’une agence de voyages, c’est tout naturellement que ce prêtre, ordonné en 1996, a endossé la fonction d’aumônier d’aéroport, en juin 2006. "Un monde jeune, dynamique, agréable… Les voyages à coût réduit ont entraîné de nombreux changements. Avant, je disais qu’il ne fallait pas réduire le voyageur à un billet d’avion, maintenant c’est à un QR-code! Mon rôle est donc d’humaniser cet aéroport."

L’abbé Gaillard arpente les couloirs de cet immense lieu qui compte trois chapelles. "Je suis là pour tout le monde, sans distinction." Facilement identifiable, il arbore un col romain et… un gilet jaune. Le personnel le connaît et n’hésite pas à lui renseigner l’un ou l’autre besoin. 

Un accompagnement varié

"Il n’y a pas que la plage! Il peut y avoir le travail, un décès dans la famille, un mariage, une naissance…" D’où la nécessité de s’adapter à des interlocuteurs venus d’horizons bien différents. "Ma mission d’accompagnement spirituel est parfois au ras des pâquerettes. A la fin de la conversation, je donne la bénédiction, tout simplement, avec une petite croix sur le front, comme aux enfants qui vont au lit, et leur souhaite un bon voyage. Avec les parents, j’évoque la vie de famille…" 

Au contraire des vacanciers qui courent pour ne pas rater leur avion, les navetteurs, qui arpentent régulièrement les lieux, sont plus disponibles pour un échange, quelquefois autour d’une tasse de café.

"A l’aéroport, c’est une ouverture sur le monde, un croisement, un événement de la Pâque, puisqu’on va d’un endroit à l’autre. On accomplit chaque fois un passage. Les voyageurs vont faire des découvertes et, ensuite, ils reviendront."   

"Notre conversation vient s’ajouter à leurs bagages", observe, philosophe, l’abbé Gaillard. "Nous sommes dans un monde de consommation. Mais lors des grands événements, ce qu’il y a d’essentiel ne peut pas se prendre dans les mains: l’amour, la vie… En tant qu’aumônier, on doit faire face à l’imprévu, comme des réactions humaines inattendues." 

A côté de ses multiples engagements, Michel Gaillard s’occupe également du Centre de rapatriement 127 bis et du Centre de transit Caricole, tous deux implantés à Steenokkerzeel. Un rôle pas facile. "Il faut parfois ramener les gens les deux pieds sur terre et à la réalité des choses. On peut rêver, mais pas trop", confie-t-il. 

Attentats et crise sanitaire

C’est par le téléphone que l’abbé Gaillard a appris les explosions des attentats le 22 mars 2016. Une fois sur place, il s’occupe pendant la journée entière des rescapés, dont certains cherchent à poursuivre leur voyage. "C’était un chaos indescriptible. Tout le monde était désarçonné", se souvient-il. "Là, j’ai prié, béni, rassuré des gens…" Le lendemain, il se rend près des rescapés à Louvain et dans une caserne de Peutie. "J’entends encore régulièrement des gens qui ont besoin de m’en parler. Les psychologues accomplissent un travail remarquable, mais en tant qu’aumônier, et même chrétien, on peut aller beaucoup plus loin, poser des questions sur la vie, le pourquoi, le comment…" 

Pour lui, la crise sanitaire était "autrement difficile. Chaque individu était concerné par les restrictions, les confinements, les incertitudes... J’ai vu un aéroport vide, un drame pour tous ceux qui travaillent là. Du côté des voyageurs, on a déjà oublié cette pandémie, avec des chiffres record de fréquentation. Les gens ont besoin de prendre l’air. C’est aussi une prime qu’ils s’offrent à eux-mêmes", constate-t-il, compréhensif. 

✍️ Angélique Tasiaux

Catégorie : Sens et foi

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