Comme bras droit de l’évêque, Olivier Fröhlich est un acteur majeur des nominations de prêtres. Il nous dévoile les coulisses d’un processus qui implique la prise en compte de nombreux paramètres…
"Le temps nécessaire pour pouvoir déployer un projet pastoral. Et il faut changer l’affectation du prêtre avant qu’il soit usé." Quand on lui demande la durée théorique idéale de maintien en mission, c’est en ces termes qu’Olivier Fröhlich répond. Mais encore? Le vicaire général est bien conscient de l’importance du temps. La découverte d’une communauté nouvelle, l’apprivoisement mutuel ne se font pas du jour au lendemain. "Surtout quand on est nommé pour une unité pastorale, et que le territoire est vaste!" Au final, la durée moyenne d’une mission? Entre 8 et 10 ans, résume le vicaire général. "Rarement moins, régulièrement un peu plus…"
Un long discernement
Le diocèse de Tournai compte 49 unités pastorales. Dans chacune d’elles, les autorités diocésaines veillent à ce qu’il y ait au moins deux prêtres. Et à ce qu’un tuilage soit assuré en cas de changement. Parmi les claires balises figure le respect de l’âge de la pension. Canoniquement, c’est à 75 ans que le curé est pensionné. "Autrefois, il arrivait qu’on laisse un curé dans un village parfois jusqu’à sa mort. Aujourd’hui, ce n’est plus possible."
Tout changement s’inscrit dans le croisement de deux logiques: les besoins du terrain et les disponibilités des personnes. C’est avec beaucoup de soin que les nominations sont discernées. Comme vicaire général, Olivier Fröhlich joue un rôle-clé dans le processus. C’est lui qui est chargé d’établir les scénarios. Pour ce faire, il tient naturellement compte du profil des prêtres, mais aussi des binômes qui seront appelés à fonctionner. Il prend le temps de discuter avec les doyens concernés. Avant de soumettre des propositions au conseil épiscopal. "On prend plusieurs heures pour en parler", explique-t-il. "On discute surtout du projet dans son ensemble; inévitablement, on évoque aussi des cas individuels." Le vicaire général peut ensuite faire part de ses projets aux personnes concernées. Des réserves peuvent alors encore être exprimées. Certains projets seront modifiés. Ou légèrement postposés…
S’attacher n’est pas s’accrocher
Arrive l’heure du changement. Pour certains prêtres, le moment peut être éprouvant. Ce qui n’est pas forcément mauvais signe… "Je préfère des prêtres qui ont un peu de mal à quitter le lieu où ils sont, parce qu’ils y sont profondément enracinés, que des gens qui vivent les choses à distance", pose Olivier Fröhlich. Mais si le vicaire général encourage les pasteurs à s’attacher à leur communauté, il redoute ceux qui tendent à s’accrocher. "Il peut arriver qu’en restant trop longtemps quelque part, on ne soit plus capable de bouger. Qu’on n’ait plus le même dynamisme. Après dix ans, on peut avoir tendance à ronronner. Même si la transition peut être difficile, être envoyé ailleurs offre l’occasion d’un nouveau départ." Le vicaire général souligne aussi les dangers – et les opportunités – pour la communauté. "A certains moment, il est temps de changer. Quand un nouveau curé arrive, il y a souvent des énergies nouvelles qui se révèlent…"
Vincent DELCORPS
