Mgr Laurent Dabiré : « Il y a deux millions de personnes déplacées au Burkina Faso »


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Mgr Laurent Dabiré : « Il y a deux millions de personnes déplacées au Burkina Faso »
Mgr Laurent Dabiré est venu dans les locaux d'Aide à l'Eglise en détresse (Allemagne)
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Le coup d’Etat militaire au Niger, le 26 juillet dernier, a mis en lumière une situation largement méconnue en Occident : l’expansion de mouvements djihadistes dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Mgr Laurent Dabiré, président de la Conférence épiscopale Burkina-Niger, revient sur la situation politique au Niger. Et sur le drame que vivent nombre de communautés chrétiennes, en particulier dans son diocèse de Dori au  Burkina Faso.

Mgr Laurent Dabiré, évêque de Dori © AED

Quelle est la position de la Conférence épiscopale Burkina-Niger face au coup d’Etat du 26 juillet dernier ?

La conférence épiscopale du Burkina-Niger a été mise devant le fait accompli, comme tout le monde. Il est clair que l'Eglise ne soutient pas les coups d'Etat. Mais lorsqu’ils adviennent, ce sont toujours des moments de préoccupation, d'incertitude. Nous avons à peine eu le temps de réaliser la situation que la menace d’une intervention militaire au Niger était brandie par la CEDEAO (la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, Ndlr.).

La position de la Conférence épiscopale interterritoriale Burkina-Niger a été très claire : on n’intervient pas militairement dans n'importe quel contexte. Le contexte du Sahel, et donc celui du Niger, est déjà celui d’une guerre contre le terrorisme. Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre et créer le chaos. Cela ne ferait qu'aggraver les souffrances des populations. Il y aura des victimes. Et malheureusement, ce sont toujours les personnes vulnérables, les femmes, les enfants, les personnes handicapées, les personnes âgées. Aujourd’hui, nous continuons de demander à la junte de s’ouvrir au dialogue et à la négociation pour aller vers une sortie de crise pacifique.

Les évêques d'Afrique de l'Ouest peuvent-ils contribuer à trouver une solution politique à la crise ?

Dans un premier temps, les évêques ont mis en garde les dirigeants politiques sur les risques qu’une intervention militaire ferait peser sur toute la région. Mais le ton a continué à monter entre les parties. Des médiations se sont alors mises en place. Des leaders musulmans, nigériens et nigérians, ont entamé des démarches de conciliation. La CEREAO (Conférences épiscopales réunies d’Afrique de l’Ouest, Ndlr.) suit avec intérêt ces démarches. Elle pourrait également mener une médiation, si cela s’avère opportun. En attendant, je peux vous dire que les évêques du Niger suivent la situation avec attention. Ils ont adopté une démarche pédagogique visant à amener les parties à la conciliation. En commençant par faire baisser le ton et à se mettre à l'écoute les uns des autres.

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Comment, sur le terrain, l’Eglise soutient-elle la population nigérienne, qui pâtit déjà des sanctions économiques imposées au pays?

La situation au Niger est très compliquée actuellement, en raison de la fermeture des frontières et, il ne faut pas l’oublier, des attaques terroristes qui rendent les routes dangereuses. Il est donc très difficile d’acheminer des vivres, des aides au Niger. Récemment le Burkina Faso a pu convoyer des vivres jusqu'à la capitale Niamey. L'Eglise catholique, avec son réseau des Caritas, est en train de prendre des dispositions pour faire parvenir de l’aide à l'Église du Niger. Il faut faire face à la situation qui, déjà, commence à être difficile pour les populations. Mais concrètement, nous n'avons pas encore pu envoyer des vivres au Niger en raison des difficultés d’accès.

Le Burkina Faso est confronté au djihadisme depuis 2015. Quelle est aujourd’hui la situation dans le pays ?

Au Burkina Faso, nous avons vu les attaques terroristes se multiplier et devenir de plus en plus violentes, de plus en plus répandues, diversifiées dans leurs moyens de destructions. Au début, ce sont les forces de défense qui ont subi des attaques. Des militaires, des gendarmes, des postes de police. Ensuite ce furent les structures de l'Etat, les mairies, les préfectures, puis les infrastructures sociales, dispensaires, les écoles. Aujourd’hui, plus de 6.000 écoles sont fermées à travers le pays. Finalement, les djihadistes s’en sont pris à la population. Des personnes ont été enlevées ou tuées, il y a eu donc des massacres de masse à différents endroits.

Le trafic routier a été interrompu sur certains axes, en raison de l’insécurité, ce qui a gravement entravé la mobilité dans le pays. Les gens ne peuvent plus se déplacer à l'intérieur des localités, entre les localités entre les régions et la capitale. Cela a entraîné des pénuries en nourriture, en carburant, des coupures d’eau et d'électricité.

Aujourd’hui, des régions entières sont infestées ou carrément contrôlées par les terroristes. Au fur et à mesure de leur progression, les populations se sont repliées vers les zones les plus sécurisées. ll y a actuellement plus de deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du Burkina Faso. Avec, pour conséquence, une grave crise humanitaire. Ces personnes ont tout perdu et ne survivent qu’avec l’aide des familles, des associations, des ONG humanitaires qui opèrent sur le terrain.

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Dans votre diocèse de Dori, des communautés chrétiennes ont été directement touchées par le terrorisme djihadiste. Comment les accompagner dans le drame qu'elles vivent ?

Là où les terroristes contrôlent la localité, nous avons dû fermer des paroisses. La communauté a été dispersée. Dans le chef-lieu du diocèse de Dori, nous avons accueillis plusieurs communautés dont les membres ont dû fuir. Nous leur avons cherché des endroits où s’installer, des aides alimentaires, des vêtements. Ensuite, nous avons essayé de prendre en charge les enfants déjà scolarisés dans des établissements catholiques. Nous essayons aussi de trouver des activités pour les adultes, afin qu’ils puissent avoir un petit revenu. C’est une question de dignité.  

A mesure que le temps passait, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait ajouter une dimension psychologique et spirituelle à cet accompagnement. Nous avons dès lors organisé de nombreuses formations, puis un suivi psychologique pour les personnes qui ont vécu des drames. Certains ont assisté à des tueries, des enfants ont vu égorger leurs parents…  Par la suite, nous avons mis en place un accompagnement à la fois spirituel et psychologique. Ces personnes ont vécu des drames. Elles ont assisté à des tueries, des enfants ont vu égorger leurs parents… Il faut les aider à se reconstruire. A retrouver une espérance, reprendre goût à la vie.

Propos recueillis par Christophe HERINCKX

Catégorie : Eglise monde

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