Confronté au terrorisme, un évêque du Burkina Faso garde espoir: « la violence n’est pas l’horizon de l’homme »


Partager
Confronté au terrorisme, un évêque du Burkina Faso garde espoir: « la violence n’est pas l’horizon de l’homme »
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le
4 min

Venu parler de la liberté religieuse, Mgr Dabiré, président de la Conférence des Évêques du Burkina-Niger, nous confie: "tant qu'un peu de liberté nous est laissé, je continue de faire mon travail de d'évêque, à être présent au petit peuple de Dieu, aux personnes qui sont encore là." L'homme d'Eglise vient illustrer les conclusions du Rapport sur la liberté religieuse publié ce 22 juin par Aide à l'Eglise en Détresse.

Mgr Laurent Dabiré est venu dans les locaux d'Aide à l'Eglise en détresse (Allemagne)

D'un ton calme et posé Mgr Laurent Dabiré nous confie la manière dont la population de son diocèse, dans la région du Sahel, vit sa foi malgré les difficultés. A travers son récit, nous retrouvons les contraintes qui se posent en matière de liberté religieuse, et dont Aide à l'Eglise en Détresse parle dans son rapport bisannuel.

"La pratique religieuse n'a pas faibli", précise le président de la Conférence épiscopale du Burkina-Niger. "Même si des populations ont dû fuir et laisser leur chapelle, leurs églises et leurs lieux de culte, cela a une incidence sur la pratique". Mais, ajoute l'évêque, "nous rencontrons une ferveur nouvelle à rester fidèle à sa foi malgré ces menaces".

De la violence naît une catastrophe humanitaire

Le Burkina Faso est réputé "Pays des hommes intègres". La coexistence interreligieuse, entre les musulmans, des chrétiens et les adeptes de religions traditionnelles y est traditionnellement paisible, marquée par la solidarité. Aujourd'hui, des terroristes contrôlent plus de 50 % du territoire, 2 millions de personnes doivent vivre déplacées et 3.600 personnes ont été tuées en 2022.

Mgr Dabiré explique : "l'insécurité se traduit en termes d'enlèvement de personnes, d'intimidation, mais aussi d'assassinat de personnes. Les terroristes détruisent les maisons, détruisent les écoles, les infrastructures de santé. En détruisant aussi les récoltes, ils créent une situation humanitaire désastreuse."

Comment vivre sa pratique pastorale dans ce contexte?

Comme évêque, Mgr Dabiré reconnaît: "Nous sommes limités, bien sûr, dans nos déplacements. Les prêtres ne peuvent plus faire des tournées pastorales comme jadis parce que les routes sont sous contrôle des terroristes et sont dangereuses. Les rassemblements aussi sont malaisés. Peu de réunions peuvent avoir lieu. Les Veillées de prière comme on le faisait, les campagnes d'évangélisation, les pèlerinages, tout cela a diminué."

Heureusement, pourrait-on dire, les moyens modernes de communication permettent de "maintenir le contact avec des groupes restés dans des localités inaccessibles", en tout cas "lorsque le réseau téléphonique ou la connexion Internet le permettent."

La place des prêtres est en danger

Le diocèse de Dobi, dont Mgr Dabiré est évêque, fait partie des lieux où un prêtre a été enlevé. "Il était allé visiter des communautés à 75 km du chef-lieu de la paroisse", raconte notre interlocuteur. Sur la route retour, "on ne l'a plus revu, nous n'avons plus réussi à le contacter par son téléphone... Les recherches pour le retrouver ont été vaines."

Un choc immense pour l'évêque comme pour les chrétiens de la région, d'autant plus "qu'au Sahel, on connaît les prêtres, on connaît les religieuses, on sait quel genre de travail ils font. Donc nous avons trouvé ce geste vraiment très triste car il porte atteinte à la liberté religieuse, à l'amitié entre les religions, au dialogue interreligieux… En tout cas, on a vécu ça difficilement."

Appel à la communauté internationale

Mgr Laurent Dabiré était invité par Aide à l'Eglise en Détresse pour parler de la liberté religieuse. Il en profite pour adresser ce message aux occidentaux: "Je les appelle à la solidarité avec les peuples qui souffrent. Je les invite à agir par des plaidoyers. A s'efforcer de s'informer de ce qui se passe, et à mener des Initiatives concrètes de soutien aux pays qui vivent ces souffrances."

Liberté religieuse: 4,9 millions de personnes n'y ont pas le droit !

Le président de la conférence épiscopale interterritoriale Burkina - Niger salue au passage l'engagement du pape François sur cette question. "Je souhaite demander au Saint-Père de continuer à appeler l'humanité à la réconciliation et à la paix. Quelquefois, comme il l'a fait en nommant de façon particulière des régions ou des situations, cela permet au monde entier de prendre conscience des souffrances particulières qu'endurent des populations ici et là dans le monde."

Le Burkina Faso et le Niger, tous deux en rouge sur cette carte, connaissent une dégradation de la liberté religieuse.

Dans la même catégorie