Le coup d’Etat au Niger, le 26 juillet dernier, a pris le monde par surprise. L’expansion de mouvements djihadistes dans différents pays du Sahel en est l’une des causes, tout comme le mécontentement des populations à l’égard des dirigeants jugés corrompus et trop proches de l’Occident.

Une fièvre putschiste semble s’être emparée de l’Afrique francophone. Le dernier coup d’Etat en date, le 30 août, a surgi au Gabon, mettant fin à 55 ans de règne sans partage du clan Bongo. Un mois plus tôt, au Niger, le président Mohamed Bazoum était renversé par les militaires, à la surprise générale. Le contexte de ces deux putschs est cependant fort différent, d’un point de vue à la fois politique, sociétal, économique et sécuritaire.
Le coup d’Etat au Niger ne peut être compris qu’au regard de la situation qui prévaut dans deux autres pays sahéliens d’Afrique de l’Ouest: le Mali et le Burkina Faso. Un point commun réunit ces trois pays: la présence, depuis environ dix ans, de mouvements djihadistes qui y sèment la terreur. Au Burkina Faso, 40 à 50% du territoire sont aujourd’hui sous contrôle djihadiste, ce qui a provoqué, depuis 2015, le déplacement de 2 millions de personnes.
Des gouvernements impuissants
Face à cette menace, les gouvernements civils et les armées régulières se sont avérés impuissants. Tout comme les forces française, européenne et onusienne. Pour Solène Jomier, chargée de recherches au GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité), cette inefficacité explique en partie les coups d’Etat. "Des mouvements populaires, au Mali ou au Burkina Faso, ont reproché aux dirigeants leur défaillance face au djihadisme, mais aussi l’accaparement des richesses par les élites et leur trop grande proximité avec l’Occident. Le tout sur fond d’anticolonialisme. Les manifestations n’ayant pas réussi à apporter de changement politique, les militaires sont apparus comme un recours pour reprendre le contrôle de la souveraineté de l’Etat par rapport aux pays occidentaux." Entre 2020 et 2022, les putschs se sont succédé dans ces deux pays, mais également en Guinée et au Tchad, pour des raisons similaires, quoique pas totalement identiques.
Christophe HERINCKX
Extrait du dossier "La fièvre des coups d'Etat", hebdomadaire Dimanche n°31 du 10 septembre 2023.
