Trois jeunes journalistes ont pu interroger librement le Cardinal De Kesel dans un entretien publié cette semaine dans Tertio. Place des femmes dans l'Eglise, célibat des prêtres, l'accueil de la communauté LGBTQIA+, et d'autres sujets sensibles ont été passés en revue sans langue de bois. Extraits.

"Il n'y a aucune raison de refuser aux femmes des postes de responsabilité au sein de l'Église. Le pape y travaille également. Mais ça va par petites étapes." C'est ce que dit le Cardinal Jozef De Kesel dans son interview d'adieu à trois jeunes femmes journalistes Katelijne Verhelst, Laura Vannotten & Stacey Osei. Elles ont été autorisés à lui poser toutes les questions qu'elles voulaient poser.
Qu'est-ce qui empêche l'Église d'impliquer les femmes dans plus de postes au sein des structures ecclésiales ?
"L'accès à la fonction de diacre pour les femmes est quelque chose qui est actuellement ouvert, répond le Cardinal De Kesel. Le pape a créé une commission pour cela, et c'est une bonne chose. Théologiquement, il n'y a pas de contre-indications à cela, et il y a aussi de nombreux arguments pastoraux. Les femmes diaconesses existaient aussi dans l'Église dans le passé, mais en raison de la structure patriarcale de l'Église et de la société, elles ont disparu.
Pourtant, le rôle de la femme et l'influence qu'elle peut avoir dans l'Église ne se résument pas à la question de savoir si elle peut recevoir une sorte d'ordination. Tant localement chez nous que dans l'Église universelle à Rome, il est important d'impliquer les femmes dans les politiques de l'Église. Il n'y a pas non plus de raison de refuser aux femmes des postes de responsabilité.
L'année dernière, les évêques belges ont effectué une visite ad limina à Rome. Dans la Congrégation pour les Laïcs, le Secrétaire, qui est au second rang après le Cardinal, est une femme. Le pape y travaille donc également, mais cela se fait par petites étapes. Beaucoup reste à faire, mais tout ne peut pas être fait d'un coup. Pour moi, c'est surtout une question de capacité. Donner à une femme un poste à responsabilité simplement parce qu'elle est une femme n'a pas beaucoup de sens. Une personne devrait être nommée en raison de ses compétences, et celles-ci sont aussi bonnes pour les femmes que pour les hommes. [...]
Lire par exemple le témoignage d'Yvonne Reungoat, religieuse et membre du Dicastère pour les évêques
La situation du célibat chez les prêtres n'est-elle pas en contradiction avec ce qui est dit dans la Bible ?
"Je ne pense pas qu'il s'agisse de savoir si les prêtres peuvent se marier maintenant. J'ai prononcé mes vœux de prêtre et je ne m'attends pas à ce que l'Église me permette de me marier. La question est plutôt de savoir si quelqu'un qui est déjà marié peut devenir prêtre.
Ce n'est pas non plus une question théorique, car cela existe déjà dans d'autres courants du christianisme. L'Église orthodoxe orientale compte des prêtres mariés et non mariés. La tradition du célibat obligatoire s'est développée au sein de l'Église latine, et l'Église orthodoxe orientale n'a pas une telle loi, sauf pour l'évêque. Il n'y a pas non plus de raison théologique, historique ou biblique pour refuser le sacerdoce aux hommes mariés.
A Rome, ils savent aussi que je préconise de prendre au sérieux les questions du célibat, mais pas nécessairement pour pallier la pénurie de prêtres. La communauté est devenue plus petite et nous n'avons pas besoin d'autant d'entre eux qu'il y a cinquante ans. Mais nous n'avons pas d'abondance, et ce serait très bienvenu sur le plan pastoral. Je ne peux pas prendre cette décision moi-même, mais je pense que l'état d'esprit à ce sujet évolue dans l'Église. [...]

L'entretien du Cardinal De Kesel portait aussi sur l'accueil des personnes homosexuelles (communauté LGBTQIA+). Voici l'extrait vidéo
Quel regard portez-vous sur votre mandat ?
"Avec beaucoup de gratitude, mais je ne me sens pas immédiatement nostalgique. Les gens me demandent si ce n'est pas dommage que je doive m'arrêter, et si je ne devrais pas rester un peu plus longtemps, mais je ne me sens pas comme ça. Il y a deux ans, on m'a diagnostiqué un cancer du côlon et j'ai dû abandonner mes fonctions pendant un certain temps. Maintenant que je vais mieux, je peux reprendre mon travail. Je suis reconnaissant pour cela. Après ma maladie, j'apprécie encore plus les rencontres. J'ai hâte de prendre ma retraite, mais si j'apprends qu'il y a un successeur, je serai heureux."
Pour ses 75 ans, le Cardinal s'était confié dans l'émission "Il était une foi"
Quels conseils donneriez-vous à votre successeur ?
"Je ne veux pas donner trop de leçons à mon successeur. Ce n'est pas à moi de lui dire quoi faire ou ne pas faire. Mon successeur sera différent de moi et il abordera également les tâches d'une manière différente. Je lui conseillerais surtout d'être lui-même et de le faire à sa manière. En tant qu'archevêque, vous êtes un peu vécu et le bureau comprend de nombreuses responsabilités. D'autres déterminent pour la plupart votre agenda, et vous devez ensuite faire attention à ce que vous, en tant que personne, ne commenciez pas à coïncider avec votre bureau. Sinon, vous n'êtes rien de plus qu'un archevêque. C'est aussi pourquoi le pape François me semble si bien. On sent que c'est un être humain qui ne parle pas toujours en tant que représentant de l'institution qu'il représente."
