Visions ou un ouvrage conséquent de 400 pages et plus de trois kilos pour honorer un demi-siècle de photographies de Jean-Dominique Burton. Un fameux travail de "revisitation" du passé, avant une grande exposition à Bruxelles.

Portraitiste, voilà comment Jean-Dominique Burton se définit. "Que ce soit une ville, un animal, un humain, même une matière inerte, c'est du portrait pour moi. Je raconte toujours une histoire. Mon fil conducteur, c'est d'aller vers l'autre. Cette attirance pour la différence remonte à l'enfance." Trouver l'intimité de l'autre, voilà sa motivation. Loin des artifices des colorations, aux antipodes du monde ambiant, il estime que "les rides racontent la vie de la personne qu'on a devant soi". Et plus que tout, il recherche des moments de connivence, en prenant le temps de les susciter avec ses modèles, loin des photos capturées à la sauvette. Son secret ? "Quand la personne se livre, je peux capter la lumière qui en émane." Les photographies en noir et blanc lui permettent d'ailleurs de gommer certains artifices qui retiennent l'attention lors d'un coup d'œil rapide. Une photo est réussie lorsqu'il y a eu "un échange de rituel" et une mise à égalité. "Pour voir le fil qui nous relie tous, il faut vivre avec les gens, manger avec eux, aller au travail…" Près de chez nous, Jean-Dominique Burton en a notamment fait l'expérience en photographiant les derniers planteurs de tabac dans la Semois.

Un attrait pour les séries
Explorer un même univers de manière répétée est l'une de ses marques de fabrique. Par exemple, "dans les forêts, je ne vois que des têtes humaines et animales. C'est un monde fantasmagorique et imaginaire que j'ai toujours observé." Succès garanti auprès des enfants pour celui qui admet avoir conservé une "vision enfantine". Autre approche avec le récit de personnes sans papiers mis en image, avec la présence dans leurs mains d'un objet symbolique, "leur talisman", qui donnera lieu à un ouvrage : Sans papiers – Photographiques. Troisième série avec ses "icônes de pluie", une plaque de verre sur laquelle sont projetées des gouttes d'eau et qui est placée devant le visage de différents témoins. Ou encore des jeunes mis en correspondance avec un élément végétal.
L'universalité du Christ
Baptisé Jean-Dominique, il porte les prénoms de deux tantes religieuses, l'une au Congo, l'autre au Japon, deux continents où il a été appelé à travailler. Hutois d'origine, son double prénom évoque également celui du père Pire, le dominicain qui a obtenu un prix Nobel de la paix. "Il y a plein de signes qui se recoupent tout le temps dans mon histoire ! C'est le message universel du Christ qui m'intéresse, le reste, ce sont des Eglises !" La perte du sacré, du mystère et du rituel le désole dans la liturgie. D'où son intérêt pour les offices byzantins à Chevetogne.
Plutôt que de contempler le travail des autres photographes, l'artiste s'est nourri des tableaux des grands peintres, pour capter notamment leur rapport à la lumière. "Les peintres arrêtent le temps et parlent en profondeur du moment présent", estime-t-il, loin du tourbillon actuel.
Une grande expo d'art public
Habitué des expositions en plein air, un concept qu'il a lancé au Burkina Faso lors du sommet de la Francophonie en 2008, Jean-Dominique Burton est heureux d'en inaugurer une prochainement, cette fois en plein cœur de Bruxelles, dans le Grand Hospice Pacheco. "Les photos ont été imprimées sur 115 canevas. Leur impression est extraordinaire; elle résiste aux rayons ultraviolets." La plupart des photos sont extraites du livre Visions. Parmi elles, uniquement des portraits. Forcément.
Angélique TASIAUX
Jean-Dominique Burton, Visions. Prisme, 2022, 408 p.
L'exposition Visions sera accessible jusqu'en juillet, au Grand Hospice Pacheco à Bruxelles.

