Karen Northshield – Le combat pour la vie


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Karen Northshield – Le combat pour la vie
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Présente dans l’aéroport de Zaventem le 22 mars 2016, Karen Northshield a vu sa vie basculer et son corps exploser. Elle raconte son parcours avec franchise et sans lamentation.

© CathoBel/AT

Sportive accomplie, Karen Northshield doit se reconstruire depuis bientôt sept ans, le corps morcelé. Elégante dans un manteau blanc et un chemisier en soie, elle avance d’un pas résolu, les béquilles à la main. Un sacré (grand) bout de femme, au courage qui en impose.
Depuis toutes ces années, le parcours d’athlète de haut niveau de Karen Northshield l’a assurément aidée "pour mener à bien ce combat, fait de multiples épreuves de survie existentielles et avec une remise en question du sens de la vie. Car celle-ci est hyper fragile et peut basculer à tout moment", observe celle qui l’a éprouvé dans sa propre chair. Les attentats n’ont pas seulement lieu loin d’ici ou dans les scènes de films, souligne-t-elle. Expérimenter un tel drame dans sa chair ne laisse pas indemne. "Cela change radicalement la perception de la vie." Pourtant, la Belgo-Américaine en est encore convaincue, la vie peut être belle. Et la jeune femme de la remercier d’être encore là.

Un témoignage brûlant

L’écriture du livre Dans le souffle de la bombe s’est imposée à la jeune femme rescapée, "pour témoigner, mettre de l’ordre dans ce chaos". Elle le reconnaît, la dimension thérapeutique n’est pas absente de sa démarche créatrice. "C’est rarissime comme épreuve. Je dois partager cette rage de vivre avec mes co-citoyens. Car l’impossible est possible, avec de la volonté." Elle témoigne ainsi de la faculté de dépasser les événements, quand bien même ces actes terroristes ont été "un acte de guerre, à la fois injuste et invraisemblable". Fille d’un militaire, elle qui se rendait chez sa grand-mère aux Etats-Unis, s’est retrouvée "dans l’œil du cyclone, dans le tourbillon radical et brutal de cet acte de violence", alors que son propre père n’a jamais été envoyé au front! Derrière cette violence, Karen Northshield veut voir, malgré tout, une "opportunité de partage".

Le moteur de la foi

Désormais, l’état de sa santé prime et conditionne ses déplacements ou ses rendez-vous. Très sollicitée par les médias et de multiples organisations, la jeune femme livre souvent des témoignages, qui lui permettent de regarder vers l’avenir. "On peut se relever, en se sentant encouragé et avec de la volonté." Certes, elle aurait préféré concourir à un championnat olympique de natation, mais elle ne se dédit pas devant les impératifs présents, assumant les épreuves avec détermination et courage. "Dieu nous a laissé le choix de décider, malgré la souffrance, la douleur et l’injustice". Il est encore possible de vivre "avec grâce et gratitude", estime-t-elle. Avouant afficher parfois un sourire forcé, elle confie sa foi. "Dieu nous a donné la vie, ce cadeau précieux. C’est à nous de faire le mieux possible pour représenter le paradis sur terre." Cette attitude, Karen Northshield a décidé de l’incarner, même s’il lui arrive encore de se sentir victime; un ressenti "tout à fait légitime", souligne-t-elle.

Une bulle de bienveillance

Autour de la jeune femme rescapée, qui n’en est pas moins polytraumatisée, une équipe veille. "Sans ces gens, mes petits anges, je ne serais pas là aujourd’hui. Ils facilitent mes handicaps." Ces liens avec ses semblables ont été et restent fondamentaux pour assurer ce lent travail de reconstruction. "J’avais perdu la foi et la confiance en l’homme. J’étais devenue terrorisée par tout et par rien. Même par les images, quand il ne se passait rien!" Un tel bouleversement s’explique aisément par l’intensité du drame vécu. "Le 22 mars, c’est comme si c’était hier. J’entends encore les hurlements et les cris d’autres êtres vivants qui étaient en flammes, mouraient et criaient au secours. J’en ai la chair de poule rien que d’en parler. C’est de là d’où je viens: de cet enfer et d’un monde qui a basculé en une fraction de seconde. Dès l’instant où la bombe a éclaté, c’était de la survie. Il a fallu que je puise tout en moi, absolument tout, même au-delà de mes réserves."
Son message: "Ne jamais abandonner, même quand on pense qu’on est au plus profond du gouffre et que la vie est foutue. La vie ne s’arrête pas à la première réponse venue." Se reconstruire prend du temps, beaucoup de temps, avec la sensation d’avoir été dépossédée de toutes ces années de réclusion en hôpital. Son existence pourrait être résumée en trois clefs: "Quatre ans d’hôpital, 60 opérations, zéro chance de survie… Ce n’est quand même pas rien!", constate-t-elle. "Le temps était en pause et rempli de beaucoup de souffrance. L’hospitalisation s’est éternisée… Cela peut prendre toute une vie pour l’accepter. Pourtant, quoi qu’il nous arrive sur cette terre, nous pouvons encore en faire un paradis pour nous et pour les gens qui nous entourent. Nous entraider, c’est ce qui nous fait vivre."

L’ambivalence des sentiments

A présent, Karen Northshield reconnaît se sentir déconnectée et en décalage par rapport aux événements. "Pour la plupart des victimes et des citoyens, le 22 mars 2016 s’est passé une fois. Pour moi, il s’est répété jour après jour, pendant cette longue survie à l’hôpital. Ma vie était devenue un lit d’hôpital et moi une patiente malade, qui pouvait partir à tout moment. Toutes ces années ne sont plus là; je les ai passées en mode combat!" A côté de la crainte ressentie lors des opérations, Karen Northshield en était arrivée à les considérer comme des moments de répit dans la douleur. "Chaque instant, toutes les cellules de mon corps baignaient dans un océan de flammes. J’incarne cette réalité d’un pied sur terre et d’un pied au paradis." C’est aussi une femme dont le courage impressionne.

Angélique TASIAUX

Karen Northshield, "Dans le souffle de la bombe". Kennes, 2022, 196 pages

Retrouvez Karen Northshiled dans l’émission TV "Il était une foi" via cathobel.be

Catégorie : L'actu

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