
Evidemment, les lecteurs de Dimanche figurent au rang des exceptions. Régulièrement, en nos pages, vous lisez des analyses et décryptages émanant de théologiens. Vous avez l’occasion d’apprécier la capacité qu’ont ces experts à interroger le fait religieux sous l’angle de la raison. Vous pouvez bénéficier du regard critique qu’ils portent sur la vie de l’Eglise. Ainsi que de leur capacité à interroger le sens de certaines de nos réalités contemporaines.
Mais vous figurez bien au rang des exceptions. Les autres? Testez, pour voir. Allez dans la rue, demandez aux passants le nom de l’un ou l’autre théologien. Des politologues, des virologues ou des climatologues? Ils devraient pouvoir vous en citer – ne fût-ce qu’un ou deux. Mais des théologiens…
Et même, demandez-leur s’ils savent ce qu’est un théologien – quel est le champ de son expertise, sa méthode de travail, son statut… Vous pourriez être surpris. Serait-ce un prof de religion? Une sorte de prêtre? Ou… un astrologue? Les confusions risquent bien d’être légion.
La faute à qui? Reconnaissons que les torts pourraient être partagés. Bien sûr, on peut regretter que les médias et autres faiseurs d’opinion laissent peu la parole aux théologiens. Qu’ils les écoutent peu. Les invitent peu. Les citent peu. Mais on ne peut taire une autre question: les théologiens font-ils suffisamment entendre leur voix?
L’Eglise a besoin d’eux. En ces temps incertains, ils doivent montrer, avec rigueur et foi, comment, par le passé, l’Eglise a traversé des tempêtes. Ils doivent aider à comprendre comment demeurer fidèle au Christ aujourd’hui. Par leurs écrits, leurs paroles et leurs actes, ils doivent aussi favoriser l’éclosion d’initiatives nouvelles.
Le monde a besoin d’eux. Car le monde ne pourrait se contenter d’avoir, à sa disposition, des politologues, des virologues et des climatologues. Il a besoin de personnes qui réfléchissent à un autre niveau de profondeur. Des personnes qui cherchent le sens de ce que nous vivons. Et qui se mettent au service d’une humanité plus grande.
De ce point de vue, l’entretien que nous accordent cette semaine les doyens des Facultés de théologie et de sciences des religions de la KUL et de l’UCLouvain est signe d’espérance. "Il faut aller dehors", nous disent-ils. Ils y sont très chaleureusement attendus.
Vincent DELCORPS
