Canada – « Les excuses ne sont pas un point final », assure le pape François


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Canada – « Les excuses ne sont pas un point final », assure le pape François
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Au lendemain de son arrivée sur le sol canadien, pour un voyage historique qualifié de pèlerinage pénitentiel, le Saint-Père a renouvelé "avec honte et clarté" sa demande de pardon "pour le mal commis par de nombreux chrétiens contre les peuples autochtones". Des agissements qu'il qualifie d' "erreur dévastatrice incompatible avec l’Évangile de Jésus-Christ".

Pape François - cimetière Maskwacis
Le pape est venu à Maskwacis pour « regarder la terre en silence » et « prier sur les tombes ». © Vatican Media

Pour la première étape de son voyage canadien, le pape a choisi de s'exprimer depuis le cimetière de l'ancien pensionnat de Maskwacis (Alberta), lieu symbolique marqué par les souffrances du passé. "L’endroit où nous sommes maintenant fait résonner en moi un cri de douleur", a d'emblée affirmé le Saint-Père.

Devant une large assemblée, réunissant à la fois des survivants des pensionnats et les représentants de toutes les communautés autochtones du Canada, François a formulé des excuses historiques et exprimé toute sa douleur et sa colère pour les violences infligées à des milliers d’enfants amérindiens. Sa déclaration a suscité de vifs applaudissements de la part des 2000 participants, visiblement très émus de cette marque de reconnaissance de la part du pontife.

Les pensionnats, une erreur "incompatible avec l'Evangile"

"Je repense au drame subi par tant d'entre vous, par vos familles, par vos communautés ; à ce que vous m'avez raconté sur les souffrances endurées dans les écoles résidentielles" a poursuivi le pape, condamnant par là même le mal commis dans les pensionnats pour enfants amérindiens gérés par l'Église.

Pour rappel, entre la fin du XIXe siècle et 1996, l’Eglise a administré de nombreux pensionnats dans lesquels étaient placés de force des enfants indiens pour les couper de leur culture d’origine. Une devise suffit à résumer cet objectif : "Tuer l’Indien dans le cœur de l’enfant". On estime que ces "pensionnats de la honte", dans leur globalité, ont été responsables de plus de 6000 morts et d'un grand traumatisme au sein des communautés Inuites, Métis et des Premières Nations.

Devant les rescapés de ces pensionnats - dont l’ancien pensionnat pour autochtones de Maskwacis, actif entre 1915 et 1973 - et plusieurs représentants politiques tels que le Premier ministre Justin Trudeau et le Gouverneur général Mary Simon, le souverain pontife a reconnu que l’implication de l’Église dans l’administration des écoles résidentielles a été une «erreur dévastatrice, incompatible avec l’Évangile».

"Il est nécessaire de rappeler à quel point les politiques d'assimilation et d’affranchissement, comprenant également le système des écoles résidentielles, ont été dévastatrices pour les habitants de ces terres", a martelé un pape François sensiblement préoccupé et travaillé par la douleur des autochtones. Une douleur, une indignation, une honte pour lesquelles le souverain pontife a présenté, à trois reprises, une puissante demande de pardon.

Le pape François au cimetière de la nation Cree à Maskwacis (Canada). © Vatican Media

"Je demande pardon..."

"Je demande pardon pour la manière dont malheureusement, de nombreux chrétiens ont soutenu la mentalité colonisatrice des puissances qui ont opprimé les peuples autochtones". "Pardon", ensuite, "pour la manière dont de nombres membres de l’Église et des communautés religieuses ont coopéré, même à travers l’indifférence, à ces projets de destruction culturelle et d’assimilation forcée" menée par "les gouvernements de l’époque". "Pardon", enfin, plus largement, "pour le mal commis par de nombreux chrétiens contre les peuples autochtones".

Pour le pontife, le fait que la "charité chrétienne ait été présente et qu’il y ait eu de nombreux cas exemplaires de dévouement envers les enfants" dans ces écoles résidentielles n’enlève rien aux conséquences "catastrophiques" observées. Parmi celles-ci, les abus physiques, verbaux, psychologiques et spirituels subis par les enfants. Mais plus globalement encore, le dénigrement et la suppression des langues et cultures des peuples autochtones et, par conséquence, leur marginalisation systématique.

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Entreprendre des chemins de guérison

Pour cette première étape, le pape a voulu faire place à la mémoire : "Aujourd'hui, je suis ici pour me souvenir du passé, pleurer avec vous, regarder la terre en silence et prier sur les tombes". Mais également envisager un futur commun entre chrétiens de cette terre et peuples autochtones. Les excuses formulées constituent d'ailleurs, pour le souverain pontife, le point de départ d'un processus mêlant à la fois "recherche de la vérité du passé" et "aide aux survivants des écoles résidentielles", leur permettant d' "entreprendre des chemins de guérison pour les traumatismes subis".

Le 266e pape a évoqué l’opportunité manquée, à l’arrivée des colons, "de développer une rencontre fructueuse entre les cultures, les traditions et la spiritualité". Il a demandé aux catholiques du Canada de s’engager aujourd’hui auprès des peuples autochtones et de trouver des "moyens concrets" pour les connaître et les apprécier. 

Comme le résume François : "Rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées".

Le chef Wilton Littlechild a déposé une coiffe traditionnelle à plumes sur la tête du pape. © Vatican Media

"Un avenir de réconciliation"

À l’issue de son discours, le pape François a rendu une paire de mocassins pour enfant que la délégation des Premières Nations avait symboliquement confié au pontife dans l’attente de sa venue au Canada, en référence aux souffrances endurées par les enfants autochtones dans les "pensionnats de la honte". 

"Le souvenir de ces enfants suscite une douleur et incite à agir afin que chaque enfant soit traité avec amour, honneur et respect", a-t-il ajouté. "Mais ces mocassins nous parlent aussi d'un cheminement, d'un parcours que nous désirons parcourir ensemble. Marcher ensemble, prier ensemble, travailler ensemble, pour que les souffrances du passé cèdent la place à un avenir de justice, de guérison et de réconciliation".

C.L. (avec La Croix, cath.ch et le Figaro)
Photos : Vatican Media

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Catégorie : Eglise monde

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