
Laurent de Briey est philosophe, professeur à l’UNamur. Ancien chef de cabinet de Marie-Martine Schyns, il a piloté le processus qui fit du cdH Les Engagés.
Que répondez-vous à ceux qui reprochent aux Engagés de s'être coupés de leurs racines?
Je suppose que les racines en question seraient le christianisme et il est vrai que nous ne souhaitons pas situer notre nouveau mouvement dans une forme de filiation préférentielle avec le christianisme. Pour autant, l'intention n'est certainement pas de nous couper de tout enracinement philosophique – ce serait un comble pour le philosophe que je suis. Mais nous voulons éviter que notre mouvement puisse être compris comme un mouvement essentiellement de chrétiens, aussi ouvert soit-il aux personnes d'autres convictions, mais où celles-ci resteraient en quelque sorte des invités.
Vous craignez que la mise en avant de vos racines contribue à exclure certains?
Nous vivons dans une société plurielle. Si l’on construit un mouvement sur un passé, on exclut forcément les personnes dont l’héritage est différent. C’est pourquoi il nous semble plus intéressant de nous rassembler autour d’un projet commun qui est nourri de la diversité des histoires de celles et ceux qui se reconnaissent dans ce projet et les valeurs qu’il exprime.
En quoi le personnalisme, chrétien ou pas, pourrait-il encore inspirer Les Engagés?
Comme le précise l’article 1 des statuts, nous estimons que "chaque être humain existe avant tout dans sa relation à l’autre et que cette relation lui confère son sens et sa dignité". Nous conservons donc une anthropologie de la personne et continuons à nous opposer à l’individualisme qui estime que l’identité de chacun préexiste à la relation aux autres. Cette anthropologie traverse toute l’histoire de la philosophie d’Aristote à Ricoeur et Habermas. Si nous n’utilisons donc pas le terme de "personnalisme" parce que celui-ci est trop étroitement associé à la philosophie chrétienne de Mounier et Maritain, nous restons personnalistes en un sens bien plus large.
Les Engagés pourraient-ils demeurer un allié naturel pour les anciens membres du "pilier chrétien" – enseignement, syndicat, Eglise... – ou ce temps est-il révolu?
Nous serons un allié naturel de tous ceux qui se retrouvent dans notre projet et qui mettent en œuvre les valeurs que nous défendons, comme l’attention à la personne et à l’environnement, le souhait de permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même, la conviction que liberté et responsabilité vont de pair, l’importance de la participation citoyenne et de l’engagement associatif, le principe de subsidiarité et la défense de la concertation sociale ou encore la reconnaissance que l’interrogation sur le sens de l’existence est essentielle à notre épanouissement. Ce sont des principes que partagent de nombreux chrétiens, mais dont ils n’ont certainement pas le monopole.
Propos recueillis par Vincent DELCORPS
Un débat, deux candidats
Mardi 31 mai, Maxime Prévot et son challenger à la présidence des Engagés, Marc Antoine Mathijsen, étaient les invités de Martin Buxant sur le plateau de LN24. Le vote qui désignera le nouveau président se déroulera le 22 juin lors d’un congrès à Wavre. Pour revoir l'émission, cliquez sur ce lien.

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