Avec "L'errance de l'hippocampe", place à de courts tableaux déconnectés du temps, semble-t-il. A moins qu'ils ne répondent à une autre logique, celle dictée par une immersion dans les souvenirs.
Si vous affectionnez les pièces de boulevard ou au fil narratif clairement établi, autant vous l'annoncer, cette pièce risque de vous déstabiliser. Les bruits y sont rendus de manière dense et une certaine noirceur habite la scénographie esthétisée de Jean-Michel d'Hoop. "Comme son nom l'indique, c'est une errance, un voyage, une proposition, une invitation à voyager. Alors, l'hippocampe ici, ce n'est pas le petit cheval marin, ce fier destrier des fonds marins. Non, il s'agit plutôt de la partie du cerveau dans laquelle viennent se graver les souvenirs, qui est le centre du repérage dans l'espace, de l'orientation", précise le metteur en scène et directeur artistique de la compagnie bruxelloise Point Zéro.
Un travail expérimental
C'est donc la mémoire qui se trouve au cœur des investigations menée par la compagnie. Convaincant dans le rôle principal, Léopold Terlinden traque les moindres scènes jouées par les autres comédiens, qu'il filme et projette sur un écran géant. La tension est heureusement bousculée et avalée par les surgissements du magicien François Regout. Décalé, avec un humour de boute-en-train à la monsieur Loyal, celui-ci dédramatise la situation par ses apparitions inopinées et ses affirmations sentencieuses. L'une blonde, l'autre brune, Colline Libon et Taïla Onraedt incarnent les deux faces d'une féminité affichée. Si le mystère plane, le jeu des marionnettes, de tailles variées, le renforce encore par des apparitions tantôt explicites, tantôt plus masquées. Scaphandre teinté de rouille, poupées aux têtes brisées, masques sans expression, l'enchevêtrement semble inextricable dans la tête du dormeur. Mais dort-il vraiment ? "L'errance de l'hippocampe" s'attache à démasquer le faux du vrai dans des reconstitutions fugaces, à l'image de l'existence. Entre mort et songe, dans cet entre-deux diffracté, la pièce interroge le rapport au monde nécessairement subjectif. Loin des constructions prêtes à penser, elle s'inscrit dans une démarche allusive et réflexive.
Angélique TASIAUX
"L'errance de l'hippocampe" est à voir le 3 décembre au Centre culturel d'Uccle. Infos
Illustration © Véronique Vercheval

