Comment peut-on se convertir à l'Islam? Les convertis sont-ils bien accueillis? Ont-ils des obligations ou rites à accomplir? Réponses avec Michaël Privot, converti et islamologue.

C'est une affaire à la fois simple et complexe. Se convertir à l'Islam relève d'une démarche totalement individuelle basée sur l'intention du candidat. Depuis ses origines, la religion musulmane ne prône pas activement la conversion des "infidèles". D'un point de vue théologique, "Tout bébé nait "sur le droit chemin", donc musulman" nous explique Michaël Privot, converti et islamologue. Et c'est l'éducation des parents qui peut éventuellement le dévier de cette voie, s'il ne nait pas dans une famille de foi musulmane.
Pour devenir musulman, il suffit de réciter le chahada
Aujourd'hui, si l'Islam porte un regard favorable sur les conversions, cela n'a pas toujours été le cas, poursuit Michaël Privot. "Jusqu'à la fin de l'époque ommeyade (630-750 après J-C), les convertis ne sont pas les bienvenus. Or nous sommes à l'époque des grandes conquêtes arabes. Mais qui ne s'accompagnent pas d'une volonté de conversion. Les Arabes sont en fait assez jaloux de leur "voie" nouvellement révélée.
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Il est toutefois possible de se convertir en se faisant adopter par une famille arabe originaire de La Mecque, en prenant son nom et en épousant sa "religion". Après 750, un changement politique modifie considérablement la donne et stimulera les conversions: l'installation de la dynastie abbasside. Afin d'élargir la base de leur pouvoir, ils vont encourager les conversions dans leur nouvel empire. "Le nombre de conversions ira croissant, sans qu'aucune affiliation ne soit plus imposée, une simple déclaration d'intention suffit à embrasser la foi musulmane" explique notre islamologue. Il s'agit pour le candidat de réciter la chahada, proclamation de foi par laquelle il reconnait l'unicité de Dieu et le prophète Mahomet comme l'envoyé de Celui-ci.
L'imam ne joue aucun rôle dans le processus de conversion
Ce n'est que par la suite que des rituels vont venir s'ajouter, telles les grandes ablutions, pour se mettre en état de pureté rituelle en vue de pratiquer la prière. Aujourd'hui, dans nos contrées, même si cela n'est absolument pas obligatoire, beaucoup de convertis souhaitent faire leur chahada devant une assemblée, après la prière du vendredi par exemple, pour lui donner un caractère public, être reconnu par la communauté. Car, en substance le Coran (ou la littérature annexe) ne dit rien sur la procédure pour se convertir à l'Islam.
Le fait de changer de nom n'est inscrit nul part mais beaucoup le font et se sentent obligés de prendre des noms à consonance arabe. Cette pratique relève donc plus de la croyance populaire que de la doxa musulmane. L'imam ne joue généralement aucun rôle dans le processus de conversion. Dans la plupart des mosquées, aucun suivi ni avant, ni pendant, ni après la conversion n'est d'ailleurs prévu - souvent faute de ressources.
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Pourquoi se convertit-on à l'Islam?

Se pose également la délicate question des motivations de ceux qui décident de se convertir à l'Islam. Selon Michaël Privot, la première raison serait le mariage, car l'union d'une musulmane avec un non-musulman reste encore canoniquement interdit.
Vient ensuite ce qu'il appelle la conversion par affinité sociologique. De nombreux jeunes issus de milieux familiaux éclatés et précarisés trouvent chez les familles musulmanes de leurs camarades un cadre plus chaleureux (en apparence du moins). Ils ne font dès lors pas la distinction entre culture et religion et pensent que se convertir à l'Islam pourra contribuer à combler un besoin de sécurité affective. Mais ceci se révèle bien souvent un leurre, estime Michaël Privot, avec parfois de solides désillusions à l'appui.
D'autres parcours plus atypiques existent, comme la prison. En effet, l'Islam est la première religion représentée en milieu carcéral. Certains "pratiquants moyens" y redécouvrent le goût de la prière et des réponses, l'Islam apparait alors comme leur planche de salut. D'autres non-pratiquants le deviennent par fréquentation de leurs codétenus musulmans.
Enfin, à l'instar de Michaël Privot, il y a ceux qui se convertissent suite à une quête spirituelle. "Beaucoup d'Occidentaux sont séduits par la simplicité de l'Islam", l'absence de clergé, le caractère immédiat d'une conversation entre le croyant et un Dieu unique, sans aucun intermédiaire. La mystique islamique (soufisme) et ses grandes figures (Rûmi, Ibn 'Arabî) reste un pôle d'attraction important dans ce domaine.
Encadrer les convertis? Pas si simple !
La simplicité de la démarche pose néanmoins question. Des milieux éclairés dans l'Islam ont entamé une réflexion sur la possibilité de prévoir un encadrement des convertis. Mais la diversité des mouvements et l'absence d'organisation centralisée rendent l'initiative très compliquée voire irréalisable. Et si un tel parcours voyait le jour, il ne saurait être obligatoire. Certaines associations essaient (ou ont essayé) de creuser cette voie comme l' "Association des Européens musulmans" aujourd'hui en veille, ou "EuroIslam" sur Bruxelles.
En résumé, l'Islam aujourd'hui ne cherche pas plus à convertir que cela ne fut le cas lors de la période prophétique. La volonté est plutôt de ramener les "musulmans de souche" à pratiquer l'Islam. Aussi, à développer un discours positif sur la religion musulmane contre l'image renvoyée par les terroristes islamistes. Et laisser le soin à chacun de se faire sa propre idée.
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Sophie DELHALLE

