Tous trois sensibles à la non-violence active, Stéphanie Chantraine, Hervé van Baren et Stéphanie Zichy observent le débat sur le vaccin et le respect des mesures sanitaires. Pour eux, la multiplication des relations hostiles est beaucoup plus dangereuse que n’importe quel virus.

Moi, je suis vacciné. Je vois les vaccins comme une chance extraordinaire et je suis partisan d’une discipline collective.
-Et moi, je vois les vaccins comme une protection possible pour les aînés, mais comme un risque potentiellement important pour les plus jeunes. Je suis partisane d’un choix libre et d’une diversification des méthodes de prévention collective.
Nous ne sommes donc pas d’accord.
Un autre sujet de désaccord depuis le début de la crise est celui des mesures sanitaires: faut-il les respecter complètement, en partie, pas du tout?
Nos réponses différentes à ces questions divisent nos familles, nos cercles d’amis, notre société.
Pour moi, Hervé, l’événement le plus choquant a été la mort de mon beau-père en avril 2020, en quelques jours, dans sa maison de repos, l’interdiction de l’assister dans ses derniers instants, la cérémonie d’adieu réduite à peau de chagrin. Ensuite, de réaliser que ce n’était qu’un drame parmi tant d’autres.
Pour moi, Stéphanie C., ce qui m’a surtout choquée, c’est la réduction drastique des contacts, le passage en mode virtuel, la durée inhumaine des mesures, les conflits que cela a engendrés. Et l’impression qu’on nous demandait d’arrêter de vivre pour éviter la mort, ce qui me semblait un violent non-sens.
La crise s’éternise. Nous n’en sortons pas. A qui la faute? Aux voyageurs, aux jeunes, à ceux qui ne respectent pas les mesures, à ceux qui ne sont pas vaccinés, aux dirigeants incompétents, au lobby pharmaceutique…? En temps de crise, nous sommes toujours tentés de chercher des coupables. Alors, en plus du virus, nous devons supporter la fracture sociale, la violence…
La réalité est complexe (1), les enjeux multiples, les réponses nuancées. Protéger nos aînés du Covid. Protéger nos jeunes par rapport aux risques des vaccins. Gérer l’urgence. Voir à long terme. Prendre des décisions collectives. Respecter la liberté individuelle. … Comment concilier tout cela?
Je leur donnerai pour chefs des gamins,
et selon leurs caprices, ils les gouverneront.
Les gens se molesteront l’un l’autre,
chacun son prochain.
Le gamin se dressera contre le vieillard,
l’homme de rien contre le notable.(Isaïe 3, 4-5)
Comme le dit le prophète Isaïe, en temps de crise surgissent conflits, violence, instabilité politique. Nous cherchons comment maîtriser la pandémie. Et si nous la laissions nous interroger, nous remettre en question? Certains la voient comme une syndémie, révélatrice de fragilités préexistantes (comorbidités, âge, pauvreté). En outre, les problèmes concrets à résoudre cachent des questions plus profondes (priorités, valeurs, sens de la vie) et nos arguments "rationnels", des états émotionnels que nous avons du mal à exprimer. La violence traduit nos peurs et nos angoisses – face à la maladie, à la mort, au changement, à des lendemains incertains.
La crise n’a pas qu’une cause, pas de coupable ni de solution unique, et elle nous affecte tous et toutes. L’idéogramme du mot "crise", en chinois mandarin, est constitué de deux symboles: danger et opportunité. La crise est invitation à prendre du recul et à redéfinir nos priorités: pour soigner notre société, il faut d’abord cultiver la solidarité, le vivre ensemble. Si nos positions idéologiques priment sur la qualité de nos relations, alors elles deviennent néfastes. La compréhension mutuelle est un préalable à la recherche de mesures équilibrées et collectivement acceptées, à la mobilisation solidaire vers un objectif commun.
Et si nous prenions le temps de nous rencontrer? Vaccinés – non-vaccinés, les personnes pour qui les mesures ont un sens – celles pour qui elles en ont moins… Nous pouvons choisir de nous ouvrir à l’autre, celui qui ne pense pas comme nous. A côté de notre histoire et de nos idées, écouter et accueillir son vécu et son point de vue (2). Dans un cercle de parole par exemple (3). Bien sûr, se rencontrer, c’est tout un programme: extérieur ou intérieur, masque ou pas, Zoom, Skype, téléphone? Soyons créatifs pour nous retrouver, humains au milieu de la tourmente, humains au milieu de la vie!
(1) Pour appréhender cette complexité, on peut se référer aux rapports et analyses d’experts
de différentes tendances: https://www.info-coronavirus.be/en/celeval/et https://covidrationnel.be/
(2) Outils pour nous aider à rencontrer l’Autre: la Roue du Changement de Regard (ASBL Sortir de la Violence), la Communication Non Violente (CNV),le modèle de l’Equivalence (Pat Patfoort)
(3) Si l’expérience vous tente, veuillez prendre contact en écrivant à: [email protected]

