Restauration du retable de saint Georges


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Restauration du retable de saint Georges
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Après trois années de recherche et de restauration minutieuses, le retable de saint Georges (1493) de Jan II Borman a regagné le Musée Art & Histoire, à Bruxelles.

Menée en collaboration avec l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), une étude interdisciplinaire a conduit à des découvertes inattendues. Elle a aussi permis d'élucider des mystères séculaires.

Le retable de saint Georges est considéré comme l'un des plus beaux ensembles sculptés en bois de l'histoire occidentale. Le retable mesure 5 mètres de large et 1,60 mètre de haut, avec plus de 80 figures minutieusement détaillées. Il est daté de 1493 et signé par Jan II Borman, le maître de la dynastie éponyme d'artistes bruxellois, décrit de son vivant comme « le meilleur sculpteur de son temps ».

D’une qualité exceptionnelle, les scènes du gothique tardif surprennent le spectateur par leurs compositions cinématographiques, leurs personnages réalistes d’une grande expressivité et la virtuosité inégalée de la sculpture. Comme dans un arrêt sur image, les personnages sont représentés en pleine action. En sept scènes, Borman donne vie à l’atroce martyre de saint Georges. En raison de sa foi, le héros inébranlable est suspendu par les pieds au-dessus des flammes, éviscéré, décapité…

Une recherche interdisciplinaire

L'exposition "Borman et Fils. Les Meilleurs Sculpteurs" au musée M de Louvain a été, pour Emile Van Binnebeke, conservateur de la sculpture européenne aux MRAH, l’occasion idéale d’examiner en détail le chef-d'œuvre de la dynastie des Borman. Il s'est alors associé à Emmanuelle Mercier, experte en sculpture sur bois à l’IRPA, et ses collègues des laboratoires. La recherche a été menée conjointement à la restauration du retable.

Pour examiner le retable sous tous ses angles et le nettoyer en profondeur, les 48 éléments en bois composant les scènes ont été soigneusement démontés. À côté de divers fragments de bois qui s’étaient détachés au fil des ans, Emmanuelle Mercier et son équipe ont découvert, cachés sous les scènes, une petite figure en prière sculptée. L'analyse au radiocarbone révèle que le bois date de l'époque du retable. Borman a peut-être caché cet ex-voto en guise de prière ou de remerciement. En démontant la scène centrale, les restaurateurs de l’IRPA ont également trouvé un morceau de parchemin de leur prédécesseur, un certain Sohest, qui y indique avoir restauré le retable en 1835. Par ailleurs, l'ordre illogique des scènes a finalement été reconstitué grâce aux emplacements des chevilles et des clous originaux utilisés pour fixer les scènes dans la caisse. Ceux-ci montrent clairement que Sohest a démonté, puis replacé les scènes dans un autre ordre pour une raison encore inconnue. Au cours de la restauration actuelle, le sens du récit établi par Jan II Borman a finalement été restitué.

Un regard sur le XIXe siècle

La découverte du parchemin, daté de 1835, est également surprenante, car on pensait que le retable de saint Georges n'était entré officiellement au musée du Cinquantenaire qu'en 1848. Lors du démontage, la signature de Sohest et la date de 1832 ont également été trouvées sur quatre statuettes d’anges refaites. Pour Van Binnebeke, cet investissement a eu lieu "dès le début des années 1830, juste après la lutte pour l'indépendance de la Belgique. Cela jette un nouvel éclairage sur l'ambition naissante de créer un musée national."

La technique spectaculaire de Borman

Selon Emmanuelle Mercier, "le retable n'a jamais été recouvert de polychromie. Ceci peut expliquer le travail du bois d’une finesse remarquable, notamment dans les détails minutieux des riches costumes, qui seraient perdus même sous la plus fine couche de peinture. Jan II Borman nous a également étonnés par sa capacité à réaliser des compositions complexes comportant plusieurs personnages à partir d'un seul bloc de bois et sans le moindre assemblage. Les analyses dendrochronologiques ont montré que le sculpteur a utilisé un chêne régional plutôt dur à travailler. Autant de preuves d'un talent exceptionnel." Parmi de nombreux nettoyages, les restaurateurs ont "allégé les différentes patines colorées qui avaient été appliquées depuis le XIXe siècle, dont une cire qui avait noirci tous les visages. La plasticité des reliefs associée à la minutie des détails est ainsi mieux mise en valeur."

Des intrigues politiques

Le conservateur Emile Van Binnebeke interprète la commande du retable par la Grande Guilde des Arbalétriers de Louvain pour sa chapelle comme une manœuvre politique du plus haut niveau. Pour s'attirer les faveurs de Maximilien d'Autriche, vainqueur de la révolte des villes brabançonnes et flamandes, la Grande Guilde aurait délibérément commandé un retable de saint Georges à Jan II Borman, très apprécié à la cour et membre de la chambre de rhétorique bruxelloise Le Lys, placée sous la protection de Maximilien. En outre, l'archiduc vénérait lui-même saint Georges, n'hésitant pas à y recourir à des fins de propagande.

A. T.

Illustrations : (c) KIK - IRPA


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