Les Borman ou une lignée de sculpteurs à la maîtrise hors du commun… Le Musée M leur rend hommage à travers une exposition temporaire déclinée notamment autour de quelques œuvres propriétés de l'institution et de prêts prestigieux.
Durant quatre générations, la famille de sculpteurs, d'origine louvaniste, a marqué les annales de la sculpture médiévale, avec des représentations de saints, de vierges mais aussi de retables évoquant la vie de Marie, du Christ ou d'un saint particulier. L'engouement pour ces pièces d'ornementation souvent placées derrières les autels fut du pain bénit pour les artisans, qui vont en faire de véritables compositions et les orner de multiples personnages, tantôt à l'allure de gentils, tantôt de brigands. Commissaire de l'exposition, Marjan Debaene décrit l'un d'entre eux, particulièrement abouti: "Le retable de saint Georges présente une nouvelle forme de narration, en organisant les scènes en demi-cercle, en mettant l'accent sur les événements dramatiques vécus par le personnage principal, en représentant de nombreux détails, souvent contemporains, et en faisant preuve d'une véritable virtuosité". Certaines de ces œuvres, véritables dentelles en bois, vont nous parvenir polychromées, tandis que d'autres sont restées sans coloration. Parmi leurs matériaux de prédilection, se retrouvent le bois de chêne, l'albâtre et la pierre calcaire.
Des exemples parlants
A deux pas du musée, dans la collégiale Saint-Pierre trône une croix majestueuse (environ 1490), dite "triomphale", au-dessus de l'autel. Œuvre de l'artiste Jan II, surnommé le Grand, elle se distingue par l'expressivité des personnages. "Le sens du détail et du réalisme est impressionnant, tandis que les draperies jouent un rôle fonctionnel en orientant le regard du spectateur vers les mains de Marie et de Jean." La force de ces représentations tient précisément dans leur réalisme. A une époque où les paroissiens étaient analphabètes, il importait que les scènes évoquées soient intelligibles. Autre exemple expressif avec le calvaire de la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles, habituellement conservé au musée du Louvre et prêté pour la durée de l'exposition.
Afin de déterminer, dans la dynastie, l'auteur des pièces exposées, différents éléments ont été pris en compte, parmi lesquels "l'agencement des volumes physiques dans l'espace (postures et gestes), l'arrangement des draperies (composition), la reproduction des traits anatomiques (souvent des traits du visage tels que les yeux, la bouche, le nez, les oreilles, les cheveux, la forme du front, les mains et les doigts) et enfin, les types de plis", précise Marjan Debaene. Au fil des décennies, les traits se font de moins en moins figés, les personnages abandonnant une attitude statique pour adopter une stature plus gracieuse. Des merveilles qui ont traversé les siècles…
Angélique TASIAUX
L'exposition "Borman et fils. Les meilleurs sculpteurs" est accessible jusqu'au 20 janvier 2020 au Musée M à Leuven – tél. 016 27 29 29 – www.mleuven.be
Illustration : Marie Madeleine (c) RMN - Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen-Age)


