Opinion : L’Eglise et l’Etat, Noël et la pandémie


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Opinion : L’Eglise et l’Etat, Noël et la pandémie
Par La rédaction
Publié le
4 min

Charles-Ferdinand Nothomb nous propose cette réflexion rédigée en tant que citoyen belge mais aussi comme ancien politicien et catholique pratiquant.

Ce dimanche 6 décembre, fête de Saint-Nicolas, les cloches de l’église de mon village ont sonné comme chaque dimanche à l’heure habituelle de la grand-messe. En passant devant l’église, dont le portail était fermé, j’ai entendu qu’il y avait de la musique. Je suis entré par une petite porte de côté. Effectivement, il y avait retransmission de chants religieux. Je suis entré pour écouter quelques instants. Il y avait quelques auditeurs dans l’église.

A l’heure habituelle, le vicaire qui (nous) vient d’Afrique Noire et notre doyen ont célébré dans le chœur une messe incomplète, sans communion, sans mouvement de participation dans la nef et sans sermon.

Au moment du sermon, le doyen est allé dans le fond de l’église enregistrer un message expliquant la signification de Saint-Nicolas pour le monde et pour la paroisse, pour l’église Saint-Nicolas et l’école libre Saint-Nicolas [de Habay]. Il a rappelé que ce grand saint, né au troisième siècle, avait comme jeune homme, participé à la lutte contre la peste, participé comme évêque au concile convoqué par l’Empereur Constantin et avait rayonné sur l’Occident.

Comme il n’était pas dans le chœur à ce moment, cela ne participait pas de la cérémonie qui était interrompue, mais il était relayé par un enregistrement télévisé [réalisé] par un prêtre vietnamien vers les différents corps organisés de notre secteur paroissial qui compte un certain nombre d’églises et beaucoup de groupes d’activités sociales et de jeunesse.

Pourquoi cette description anecdotique et localiste ?

Parce que cela me semble intelligent et un bon départ pour une réflexion sur les relations entre l’Eglise et l’État.

Je suis un homme politique laïc, social-chrétien, toujours social-chrétien, mais affilié au parti cdH, parti laïc (qui s’intitule) Humaniste et Démocrate.

Je suis un citoyen respectueux de la structure laïque de notre Etat.

Notre gouvernement démocratique légitime, organisant avec les régions la lutte contre la pandémie, a dû faire face à des revendications compréhensibles du monde commercial qui se voyait privé d’une partie de ses possibilités de survie économique pendant la période commerciale de Noël. Cette pression démocratique va évidemment être exercée par le monde religieux qui ne voudra pas être privé de ses possibilités de célébration religieuse d’une fête religieuse, celle dont le monde commercial se revendiquait…

Nous nous approchons en effet du jour d’une grande fête chrétienne, dans une société laïque où Noël est une grande fête pour les commerces, pour les familles et… pour les chrétiens pratiquants. Ce 6 décembre, la Belgique laïque et chrétienne ont célébré la fête de Saint-Nicolas et chanté à l’unisson que Saint-Nicolas est le patron des écoliers.

L’église catholique organisée s’est engagée dès le début de la pandémie à respecter les règles édictées par le pouvoir démocratique. Demain la discussion rebondira par la mise en cause de l’interdiction de la messe de minuit du jour de Noël, le 25 décembre, alors que le pouvoir a décrété un couvre-feu à 22 heures et jusqu’à six heures du matin…

Pour la fête de Noël 2020, la pratique de la paroisse Saint-Nicolas de Habay-la-Neuve ne peut-elle pas inspirer une combinaison intelligente du laïque et du religieux? Peut-on imaginer que les chants religieux de Noël vont résonner dans nos mass media et non dans les églises? La célébration des fêtes religieuses va-t-elle être compromise pour ceux qui veulent y participer activement?

Pourquoi l’église, toutes les églises, ne seraient-elles pas ouvertes les journées du 24 et du 25 décembre, avec en continu de la musique de Noël, classique et populaire, et pourquoi la réglementation laïque n’élargirait pas l'autorisation de rassemblement dans ces lieux avec tolérance de 50 auditeurs et fidèles, voulant participer chrétiennement à cette fête chrétienne, et musicalement à cette fête laïque avec, bien entendu, le maintien du masque et de la distanciation?

Pourquoi l’Eglise catholique et les autres Eglises chrétiennes ne prennent-elles pas l’engagement de ne pas organiser de « messe de minuit » (messe de Noël) après 22 heures et avant six heures du matin ? Mais de multiplier les messes de Noël dans les journées du 24 et du 25?

A minuit en Belgique, il est minuit à Bethléem depuis plus de deux heures, au Vietnam depuis plus de 6 heures et le sera à Montréal six heures plus tard. L’église catholique n’est-elle pas catholique, c’est-à-dire universelle?

Vive l’esprit pratique de la Belgique!

Charles-Ferdinand Nothomb Citoyen belge, ancien président du parti social-chrétien (laïc), membre du parti démocrate humaniste francophone (laïc aussi)

Cette carte blanche a été transmise par Charles-Ferdinand Nothomb tant aux pouvoirs publics - le Premier Ministre De Croo et le ministre de la santé publique Frank Vandenbroucke qu'il dit soutenir dans leur volonté d'éviter une troisième vague - qu'aux évêques - qu'il remercie pour leur civisme dans l’application des règles laïques depuis le début de la pandémie - et, enfin, au doyen de l’église Saint-Nicolas (Habay) et aux prêtres africain et vietnamien "témoins ensemble de l’enracinement de la religion chez nous, de son caractère universel, et du pragmatisme bien belge de ce matin du 6 décembre".

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