L’ambition est annoncée dès le titre. Avec « Bible the », le collectif d’artistes Slideline souhaitait réorganiser les 1 364 pages de la Bible, dans la version britannique du roi Jacques, la King James version, en fonction d’un strict classement alphabétique. Pour les artistes, l’objectif était de transformer le texte sacré “en objet quantifiable et analytique”, comme le note le magazine DesignBoom. Au-delà du geste artistique, le projet « Bible The«  permet d’analyser en profondeur le champ lexical biblique, nous apportant un nouvel éclairage sur son langage et sa philosophie.

Lire la Bible par le prisme de l’algorithme

« Un peut tout changer. Il peut nous faire bouger, nous faire ressentir des choses, nous apprendre de nouvelles choses, ouvrir nos yeux, et nous aider à voir le monde dans une toute nouvelle perspective. » Dans sa présentation du projet, le collectif affirme également qu’un livre peut changer le cours de l’histoire et façonner une civilisation entière. Mais un livre, dans une approche assez brute, est tout d’abord une collection de mots placés dans un ordre séquentiel spécifique, une sorte d’algorithme littéraire créé par l’auteur. Un algorithme que des lecteurs peuvent prendre une vie à étudier, à la recherche de sens et de réponses, d’une source d’inspiration et de connaissances.

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Que se passerait-il si nous pouvions « craquer » l’algorithme biblique? Tel est en quelque sorte le défi que se sont lancé les artistes du collectif. Tendre vers une sorte d’analyse objective, quantifiable, analytique d’un objet considéré pour beaucoup comme sacré. Ce projet propose donc une nouvelle façon de lire le texte biblique. Les données ainsi révélées par cette réorganisation alphabétique nous en apprennent beaucoup sur l’équilibre, ou plutôt le déséquilibre, entre certaines notions et la philosophie qui sous-tend les récits bibliques.

1653 fois le mot hommes contre 181 pour le terme femmes. La Bible serait-elle sexiste? (DR)

La Bible nous propose une dynamique amplement positive

Que nous apprend cette “Bible The” réorganisée et réimprimée par ordre alphabétique? Cette « interprétation réductionniste » du texte biblique nous autorise à faire quelques observations éclairantes et peut-être interpellantes.

Tout d’abord, les données data montrent que le mot ‘Good/Bien » est utilisé 720 fois, contre seulement 18 pour le mot « Bad/Mal ». Le terme « Love/Amour » revient 308 fois et son contraire « Hate/Haine » ne compte que 87 occurrences.  Enfin, le mot « Happy/Joyeux » n’est repris que 28 fois, ce qui représente encore le double d’occurrences par rapport au mot « Sad/Triste ».

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Un réel fossé entre masculin et féminin

Concernant la question du genre, les informations qui remontent à la surface sont également intéressantes mais peut-être moins surprenantes. Les données data suggèrent que la Bible est dominée par le genre masculin. Le déterminant possessif masculin  en anglais « his » apparait 8472 fois, tandis que son pendant féminin n’intervient qu’à trois reprises. Le terme « hommes » est ainsi référencé à 1653 reprises, pour 181 « femmes ». Le pronom « Il » est utilisé 10 404 fois, pour seulement 982 « Elle ».  Ce qui apparait clairement pour les pronoms se prolonge également dans les mots communs :  252 « filles » pour 1,094 « fils », seules 8 « mères » pour 548 « pères », quatre occurrences du terme  « Lady » pour 7 830 utilisations du terme « Lord » (seigneur), trois « reines » pour 340 « rois ». Et enfin, cinq « déesses » pour 4 440 « Dieu ».

Un livre-oeuvre d’art qui vaut son pesant d’or

Cette « Bible The » est donc un objet d’analyse intéressant mais présentée comme une démarche artistique. Ainsi s’en ressent le prix de vente, fixé à plus de 2000 euros (2000 £) pour la version imprimée – en édition limitée – avec couverture en cuir. Il est néanmoins possible de s’en procurer une version en ligne pour la modique somme de 11 euros (10 £)

Tout savoir sur le projet « Bible The »