Le titre de cet éditorial est un peu singulier. Pourtant, il reflète bien une situation inadmissible dont sont victimes les opposants au projet de loi déposé par huit partis au Parlement afin de modifier en profondeur la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). On le sait, l’un des points-phares de cette proposition vise à allonger à dix-huit semaines le délai légal pour avorter.
Le 15 juillet dernier, la Chambre terminait ses travaux pour entamer la trêve estivale. Les partisans de ce projet de loi espéraient un vote en séance plénière, mais les partis qui s’opposent au texte ont déposé de nouveaux amendements. Du coup, le texte est reparti pour la quatrième fois au Conseil d’Etat, pour examen. Le vote en séance plénière a donc été reporté à la rentrée parlementaire d’octobre prochain.
C’est le jeu démocratique que de voir s’opposer les "pour" et les "contre". Pour ces derniers, la loi actuelle est suffisante: ils pointent à juste titre que le délai de dix-huit semaines n’est en rien scientifique, mais le fruit d’un compromis entre les formations politiques soutenant une modification de la loi. Ils rappellent que sur une vingtaine d’experts interrogés, seuls quatre d’entre eux ont explicitement plaidé pour l’extension à dix-huit semaines.
Ce qui préoccupe dans ce débat, c’est l’intolérance des partisans du "oui à l’extension" à l’égard de ceux qui n’en veulent pas. Se portant d’habitude farouchement en défenseur de la démocratie, ces zélateurs du projet de loi accusent leurs adversaires "d’instrumentaliser le Conseil d’Etat". Sur son site, le Centre d’Action Laïque (CAL), parle de "honte", de "hold-up démocratique", de "manœuvre dilatoire anti-démocratique" et de "flibusterie parlementaire" (sic)!
Son argument: une majorité parlementaire soutient le projet, il faut donc adopter le texte. C’est un peu facile car la question est bien de savoir dans quelle société nous voulons vivre!
Faut-il rappeler qu’en novembre dernier, 2.500 soignants s’étaient exprimés, emboîtant le pas de 750 d’entre eux qui avaient signé une carte blanche dans La Libre contre ce projet de loi et l’extension à dix-huit semaines pour recourir à l’IVG?
Au vu de l’attitude des partisans du projet – dont certains menacent et injurient ceux qui ne partagent pas leur vision –, ce n’est pas de "hold-up démocratique" dont il faut parler, mais bien d’intolérance "démocratique". C’est indigne!
Jean-Jacques DURRÉ
