Question du genre: l’Eglise donne son point de vue


Partager
Question du genre: l’Eglise donne son point de vue
pixabay CCO
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
7 min

Lundi 10 juin, la Congrégation pour l’Education catholique a rendu public un document intitulé « Il les créa homme et femme » pour expliquer la position de l’Eglise face à la question du genre dans l’éducation. Analyse.

Pour ladite Congrégation, il est évident que nous sommes face à une « véritable urgence éducative » et notamment par rapport aux thèmes de l’affectivité et de la sexualité.

En rendant public ce texte, la Congrégation souhaite offrir quelques réflexions visant à orienter et soutenir ceux qui sont engagés dans l’éducation des nouvelles générations. Le document présente donc une méthodologie fondée sur trois attitudes : écouter, raisonner et proposer. Méthodologie destinée aux communautés éducatives des écoles catholiques mais plus largement aux parents, aux élèves, aux dirigeants et au personnel enseignant, ainsi qu’aux évêques, aux prêtres, aux religieuses et aux religieux, aux mouvements ecclésiaux, aux associations de fidèles et aux autres organismes.

Point de nouveautés, mais une clarification de la position de l'Eglise quant à la question largement débattue du genre dans notre société.

La sexualité comme fondement

Le texte rappelle avant tout qu’elle est la vision anthropologique chrétienne ; celle-ci considère « la sexualité comme une composante fondamentale de la personnalité, une de ses façons d’être, de se manifester, de communiquer avec les autres, de ressentir, d’exprimer et de vivre l’amour humain ».

Le document fait d’emblée la distinction entre l’idéologie du genre et les diverses recherches sur le genre menées par les sciences humaines. Si l’Eglise rejette la première, elle se montre néanmoins ouvertes aux secondes.

L’institution catholique ne peut que constater l’importance, aujourd’hui, du conditionnement extérieur et de son influence sur les déterminations personnelles. « Appliquées à la sexualité, ces études [du genre] ont voulu démontrer que l’identité sexuelle ressortait plus d’une construction sociale que d’un donné naturel ou biologique ».

L’Eglise reste perplexe face à ces possibilités nouvellement offertes aux individus de déterminer eux-mêmes leurs orientations sexuelles sans tenir compte de la réciprocité ni de la complémentarité de la relation homme-femme.

L’Eglise ne peut faire sienne cette séparation radicale entre genre (gender) et sexe (sex), qui donne la priorité au premier jusqu’à soutenir l’émancipation complète de l’individu de toute définition sexuelle donnée a priori. Sachant que le sexe définit l’appartenance à une des deux catégories biologiques, femme et homme. Alors que le genre est la manière dont on vit, dans chaque culture, la différence entre les deux sexes.

Convergences

« Dans le cadre des recherches sur le genre, on voit toutefois apparaître des points de rencontre possibles pour accroître la compréhension réciproque » peut-on lire dans le document. L’Eglise reconnait par ailleurs qu’ « au cours des siècles des formes de subordination injustes ne se soient présentées. Elles ont tristement marqué l’histoire et ont eu une influence même à l’intérieur de l’Eglise » retardant « la nécessaire et progressive inculturation du message authentique par lequel Jésus proclamait l’égale dignité de l’homme et de la femme. »

Un autre point de rencontre souligné par le texte est l’éducation des enfants et des jeunes à respecter toute personne dans sa condition particulière et différente.

Enfin, l’Eglise estime que la réflexion sur le genre a permis de mettre en évidence les valeurs de la féminité telle que la « capacité de l’autre ». Le texte souligne l’importance de la présence féminine – souhaitable et souhaitée - dans le domaine de l’éducation, et l’exercice d’une « maternité affective, culturelle et spirituelle, d’une valeur vraiment inestimable pour les effets qu’elle a sur le développement de la personne et sur l’avenir de la société ».

L’utopie du neutre

Ce à quoi l’Eglise ne peut souscrire, c’est cette volonté de réduire le corps à de la matière inerte, tandis que la volonté est élevée en valeur absolue. Mais aussi que le gender (genre) finit par être plus important que le sex (sexe) entrainant une révolution culturelle et idéologique à l’horizon relativiste, qui trouve ensuite sa traduction en termes juridiques, certains pays ayant déjà franchi ce cap. Pour la Congrégation, l’utopie du “neutre”, autrement dit cette possibilité de ne se reconnaître ni de l’un ni de l’autre sexe mais d’y préférer une troisième voie - ôte à la fois « la dignité humaine de la constitution sexuellement différente et la qualité personnelle de la transmission générative de la vie ». Une pensée qui consiste aussi à considérer qu’il n’y a pas de vérité au-delà des individus et que l’auto-détermination règne en maître.

Pour argumenter sa position, l’Eglise invoque en premier lieu la science, arguant que le « dimorphisme sexuel » (c’est à-dire la différence sexuelle entre hommes et femmes) est prouvé par les sciences ».

Le document affirme également que « Le processus d’identification est entravé par la construction fictive d’un « genre neutre » ou « troisième genre » ». L’Eglise dénonce aussi cette posture qui consiste à osciller entre les deux sexes à des fins provocatrices en opposition aux « schémas traditionnels », faisant fi des réelles souffrances vécues par certaines personnes « indéterminées ».

Au cœur de l’identité

L’analyse philosophique montre, elle aussi, que la différence sexuelle masculin/féminin est constitutive de l’identité humaine. « La formation de l’identité est précisément fondée sur l’altérité » puisque la différence est la condition de la connaissance en général, et donc de la connaissance de l’identité.

Le document exprime également cette conviction que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté ».

Or, aujourd’hui, dans certaines sociétés, et de manière de plus en plus répandue, l’identité humaine est laissée à une option individualiste, qui peut même évoluer dans le temps, soulignait déjà le pape François dans son exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia (n° 56).

Dans ce contexte, rappel est fait que « l’anthropologie chrétienne plonge ses racines dans le récit de la Genèse : 'il les créa homme et femme' » (Gn 1, 27). D’où le titre du document en question.

Cette assertion est non seulement le cœur de la création mais aussi de la relation vivifiante entre l’homme et la femme définie par la réciprocité. En créant l’homme et la femme, Dieu leur a donné leur humanité, leur dignité et un projet de communion interpersonnelle qui permet le don authentique de soi. Et cette communion se vit aussi bien entre l’homme et Dieu qu’entre l’homme et la femme.

La famille en péril

Autre effet des théories du genre dénoncé par l’Eglise est cette tendance à effacer les différences entre homme et femme, considérées comme de simples effets d’un conditionnement historico-culturel, qui met en péril la notion même de famille. « L’idéologie du genre laisse envisager une société sans différence de sexe et sape la base anthropologique de la famille » souligne le document.

"Si la dualité d’homme et de femme n’existe pas comme donné de la création, alors la famille n’existe pas non plus comme réalité établie à l’avance par la création", lit-on encore.

Éduquer à la sexualité, c’est apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations et donc l’assignation sexuelle. Se reconnaître féminin ou masculin se révèle nécessaire pour permettre la rencontre de ce qui est différent. Et la famille est le lieu naturel dans lequel cette relation de réciprocité et de communion entre l’homme et la femme trouve toute sa réalisation.

Pour l’Eglise, la famille « est un fait anthropologique, et par conséquent un fait social, de culture ». Elle est une réalité qui précède l’ordre sociopolitique de l’État et il doit en tenir compte en lui donnant une juste reconnaissance, y compris juridiquement.

Une nouvelle alliance éducative

Les familles ont donc un droit et un devoir de donner une éducation totale - et donc aussi sexuelle - à leurs enfants. Une éducation qui invite à reconnaître la valeur et la beauté de la différence sexuelle, de la parité, de la réciprocité biologique, fonctionnelle, psychologique et sociale.

Mais face à la "dévastation spirituelle et matérielle", engendrée par un discours libertaire radical, l’école peut aider les parents dans ce travail d’éducation à l’affectivité et à la sexualité.

L’Eglise plaide donc pour une nouvelle alliance éducative entre famille, école et société, afin de proposer aux jeunes une éducation sexuelle "positive et prudente". Qui ne reposerait pas sur la répétition d’arguments disciplinaires mais bien plus sur le témoignage. Les enseignants catholiques devraient ainsi recevoir une formation appropriée sur le contenu des divers aspects de la question du genre et être informés sur les lois en vigueur et les propositions en cours de discussion dans leurs pays. Un appel à transformer positivement les défis actuels en opportunités en restant toujours à l'écoute des situations particulières.

Sophie Delhalle

Pour lire l'intégralité du document "Il les créa homme et femme" de la Congrégation pour l'éducation catholique, cliquer sur ce lien.

Illustrations: pixabay CCO

 

 

 

Catégorie : Eglise Belgique

Dans la même catégorie