Le président américain Donald Trump a eu l’audace de revendiquer un "immense succès" suite aux élections de mi-mandat. Cependant, les faits sont là: au fur et à mesure des recomptages, les résultats sont devenus de plus en plus éloquents! Même si les Républicains conservent toujours la majorité au sénat, il est bien difficile de parler d’immense succès face à une telle paralysie législative. Nous connaissons bien cette manière de parler de Trump: il n’y a jamais dans son discours la moindre remise en cause personnelle. Pour lui-même, il montrera toujours le côté positif. Sans faille. Quel narcissisme! Un comble pour celui qui a multiplié les faillites. Phrases courtes, champ lexical restreint, l’anémie de son discours fait pourtant mouche et il serait trop simple de lui jeter la pierre. "Ego: la recette de sa vie?" Et nous? Nous pouvons tous - et les médias en premier - être coupables d’une telle manière de parler. Nous mentons si souvent à nous-mêmes, en utilisant une langue de bois qui emploie des formules anesthésiées ou, comme dans ce cas-ci, franchement optimistes en contournant la réalité par des mots. Cette manière d’interpréter les événements en mentant à soi-même dissimule toujours une certaine peur et un grand vide... Certains discours trop optimistes - trop ‘comme il faut’ - déguisent les sentiments, fuient le réel et sa vérité. Que nous est-il alors permis d’espérer? Comme chaque semaine, revenons à l’évangile du dimanche! Jésus parlait à ses disciples de sa venue... "Le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté." Ne faut-il pas parfois affronter le réel avec un tel regard "sombre et lucide"? Nos crises et nos échecs seront alors des lieux de maturation, de recréation. Regardons-les lucidement plutôt que de dire qu’il n’y en a pas… Pour qu’un discours soit réellement pertinent, il faut qu’il affronte la banalité du réel tel qu’il est, et non qu’il le requalifie trop vite par simple optimisme de la volonté. Alors que, pour certains, la meilleure manière de gérer un problème est de le taire ceux qui se risquent à l’espérance doivent au contraire commencer par regarder leurs propres échecs. Ceux-ci peuvent toujours être traversés. Mais pour cela, il faut les nommer.
Didier CROONENBERGHS, o.p.
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