Faut-il à l'Eglise beaucoup d’audace et de foi, voire beaucoup de folie pour concentrer toutes ses énergies, durant tout ce mois d'octobre 2018, "aux jeunes, à la foi et au discernement vocationnel" ! Cela se passe à Rome (au Vatican) avec, autour du pape François, des évêques venus de tous les pays (y compris la Chine) mais aussi des experts et des jeunes rassemblés pour faire le point sur la façon dont les jeunes sont (ou ne sont pas) partie prenante de la vie de l'Eglise et des communautés chrétiennes riches de leurs diversités et pauvres, le plus souvent, en ressources humaines et financières.
En réfléchissant à ce Synode et à son importance pour l'avenir de l'Eglise, je me disais qu'il y a, au moins, deux façons de se pencher sur les jeunes:
Ou bien le Synode ressemble à une clinique dans laquelle on a rassemblé les meilleurs spécialistes pour analyser le mal dont souffrent les jeunes lorsqu'ils désertent l'Eglise en posant des questions dérangeantes. On se préoccupe alors d'établir un diagnostic pour trouver les meilleurs remèdes capables de guérir le mal dont ils souffrent. A moins que ce ne soit l'Eglise qui ait besoin de ce diagnostic pour mieux lui faire comprendre pourquoi les jeunes manifestent, à tout le moins, quelques questions à son égard!
Ou bien, autre alternative: le Synode ressemble à une maternité vers où convergent tous ceux (et, surtout, toutes celles) qui veulent donner la vie. Les experts et pères synodaux se penchent alors sur tous ces berceaux accueillant "les plus petits de notre humanité" comme les promesses de la vie qui grandit. Sans comparer les jeunes à des bébés (!), la première attitude est alors celle de l'émerveillement... sans oublier la nécessaire lucidité à garder devant tant de fragilités.
Le Synode ressemble-t-il à un lit d'hôpital ou à un berceau dans une maternité? Sans doute ne faut-il pas caricaturer car ces deux images ne sont pas nécessairement contradictoires. Il ne faut sans doute pas s'étonner de la façon dont, majoritairement, les jeunes se situent par rapport à l'Eglise. Sans doute n'a-t-on pas assez révélé que l'Eglise est d'abord un lieu de communion qui libère et fait vivre et non pas seulement une institution qui, pour ne pas disparaître, doit se donner des règles et des codes souvent perçus comme aliénants.
Certes, les jeunes ont besoin d'un cadre, ne fut-ce que pour le contester car ce qui leur apparaîtrait comme un ventre mou ne peut pas non plus favoriser leur croissance. Avec les jeunes, on est souvent dans le paradoxe mais ce paradoxe n'est-il pas le reflet, déformé ou non, du monde dans lequel ils vivent. Alors, que faire ?
D'abord les écouter pour mieux les comprendre. Comme vis-à-vis de chacun, l'Eglise a une mission d'accompagnement. Sans diabolisation ni idéalisation, sans banalisation ni "canonisation" de ce qu'ils vivent. En fait, je crois qu'ils posent des questions qui expriment aussi leur peur face à l'avenir. Ils ont, comme on dit, la vie devant eux et ils demandent, plus encore que les adultes, dans quel monde ils vivront quand ils seront les adultes de demain. La tentation est grande, alors, de profiter pleinement , et même avec excès- du moment présent avec tous les débordements que cela comporte pour, tout simplement, exorciser leur angoisse face à l'avenir.
C'est au cœur de ces questionnements, lucides et parfois douloureux, que l'Eglise a une mission d'accompagnement. Là où l'Eglise est porteuse d'Espérance, les jeunes y sont présents ... en sachant que la condition de l'Espérance, c'est la confiance. Faire confiance, c'est bien autre chose qu'approuver ou condamner. C'est dire à l'autre:" tu existes et tu fais ma joie". Alors, un sens apparaît et on peut, enfin, sortir des ornières du non-sens et de l'absurde dans lesquelles on risque de s'enliser ... profondément !-.
Dans ce contexte, l'essentiel de cet accompagnement des jeunes ne serait-il pas fait de tendresse et d'exigence, de confiance et de grande écoute. Je fais mienne cette parole de Sainte Thérèse d'Avila qui disait ceci:
- "aimer sans exigence, cela me diminue;
- exiger sans aimer, cela me décourage;
- aimer avec l'exigence de l'amour, cela me grandit"
Ne serait-ce pas là le roc de toute pastorale des jeunes ? Même s'il ne s'agit pas d'une recette mais d'un chemin j'ose y croire. Cela fait sens et donne vie... jusque dans la Vie éternelle de Dieu. A nous d'en faire l'expérience.
Abbé Philippe Mawet, curé, responsable de Stockel-au-Bois


