Un climat dérangeant


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Un climat dérangeant
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Les attentats terroristes ont contribué à mettre en place des mesures de sécurité adéquates et renforcées. On a vu – et on voit toujours – des militaires dans les rues et les gares, mais aussi des contrôles sporadiques de passants, généralement "typés", qui font l’objet d’une fouille quasi-systématique. Si on ne peut que se réjouir de la volonté politique de protéger la population, il y a toutefois des aspects dérangeants dans ce "tout à la
sécurité".
Ma crainte est que la lutte contre le terrorisme ne soit le prétexte pour surveiller davantage les citoyens que nous sommes, au mépris des lois qui sont supposées assurer la protection de la vie privée. Ainsi, en mars dernier, une loi a été votée qui autorise désormais l’installation et l’utilisation de caméras de manière visible par les services de police, que ce soit des caméras mobiles, fixes, temporaires ou intelligentes. Et si la conservation des données enregistrées ne peut dépasser douze mois, il n’existe aucune vérification sur l’utilisation de celles-ci!
Le gouvernement, dans sa politique sécuritaire, a multiplié aussi l’installation de caméras routières, dans le but initial de contrôler la vitesse et donc de sécuriser la circulation. Savez-vous que les forces de l’ordre disposent aujourd’hui de plus de 3.000 de ces appareils sur nos routes? Et on parle d’en placer d’autres. Or, outre le fait qu’elles "photographient" les plaques d’immatriculation des contrevenants, les modèles récents captent aussi les occupants du véhicule. Explication de la police: "ainsi, nous pourrons éviter que les conducteurs contestent l’infraction". Enfin, la ville de Hasselt teste depuis peu des caméras de surveillance dotées de microphones. Si on garantit que ceux-ci n’enregistrent pas les conversations mais bien les bruits permettant de déceler une bagarre en cours ou si du verre est brisé, rien ne dit que cela ne pourrait pas changer à l’avenir. Pour de nombreux juristes et magistrats, c’est une atteinte grave à la vie privée qui ouvre la porte à toutes les dérives possibles.
Ce climat est à mes yeux dérangeant. Dans son roman de science-fiction intitulé 1984, l’écrivain britannique Georges Orwell donne à son personnage central le nom de "Big Brother", devenu au fil du temps synonyme de la représentation d’un Etat policier et de la perte des droits individuels de la population. Il y ajoutait un slogan: "Big brother is watching you", c’est-à-dire "Big Brother vous regarde". La fiction serait-elle devenue réalité?

Jean-Jacques DURRE
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