On se trompe de cible


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On se trompe de cible
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Il y a vingt ans, Sémira Adamou, jeune nigérianne de 20 ans, était expulsée de Belgique où sa demande d’asile avait été refusée. Elle avait fui son pays pour échapper à un mariage forcé. Dimanche dernier, les médias ont rappelé ce fait divers tragique et les circonstances de la mort de la jeune femme: étouffée par un coussin alors qu’elle était maîtrisée par des gendarmes.
Deux décennies plus tard les choses ont-elles changé? Certes, les autorités n’usent plus de la violence pour expulser les migrants. Mais la brutalité n’est pas que physique, elle peut être verbale ou dans le comportement qu’on adopte. Ainsi comme le souligne le Jesuit Refugee Service Belgium, les demandeurs d’asile déboutés et les migrants qui arrivent à la frontière, souvent via l’aéroport, sont arrêtés et détenus dans un centre fermé, sans jugement préalable. Or, s’indigne l’ONG jésuite, "on peut difficilement comprendre que des gens qui n’ont pas commis de faits délictueux soient enfermés pour des raisons purement administratives."
En matière d’immigration, nos responsables parlent d’appliquer une politique "ferme et humaine". Mais qu’est-ce que cela veut dire? La fermeté est synonyme de dureté et l’humanité signifie bienveillance. Les deux mots sont donc pour moi incompatibles. L’objectif serait-il, par un slogan, de satisfaire tant les électeurs qui sont partisans d’une politique plus ferme que ceux qui prônent l’accueil des migrants fuyant la guerre ou la misère? Le paradoxe est que l’aide au développement dans notre pays a diminué à 0,4% du revenu intérieur brut alors que la Belgique s’était engagée à respecter l’objectif de 0,7% fixé par les Nations-Unies. Pourtant, c’est en aidant au développement des pays pauvres qu’on mettra fin à la vague migratoire car leurs ressortissants auront du travail. Bien sûr, il faudra du temps, mais cela vaut la peine d’essayer.
Si le nombre d’arrivées irrégulières dans l’Union européenne a été réduit de plus de 90 % depuis le pic de 2015, le dernier sommet européen de Salszbourg a décidé d’encore renforcer les frontières extérieures et le corps europé en de garde-frontières et de garde-côtes. Bref, de se barricader. Ne serait-il pas plus judicieux de se pencher vigoureusement sur la question de l’aide au développement et de la lutte contre les passeurs? Ne se trompe-t-on pas de cible? Parce qu’en se barricadant, on oublie que la peur nous fait souvent construire les barreaux de notre propre prison!

Jean-Jacques Durré
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