La semaine dernière a encore été animée par les propos polémiques du secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration. Il a plaidé pour que l’Europe en revienne aux "refoulements" de bateaux chargés de migrants. Certes, on connaît ses positions et on pourrait croire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil dans son chef. Rien n’est moins vrai. Car pour en revenir à cette méthode des "push-backs" afin de lutter contre l’immigration illégale, Theo Francken n’a pas hésité à dire qu’il voulait contourner l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) ou au moins son interprétation. Des propos recadrés par le Commissaire européen en charge de la Migration Dimitris Avramopoulos, qui a rappelé que la politique migratoire européenne est fondée sur les principes des droits de l’homme. Pour rappel, cet article 3 fait référence à l’interdiction formulée dans la Convention européenne des droits de l’homme et dans la Charte fondamentale de l’Union européenne de soumettre des personnes à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Bien sûr, on dira que cet article n’est pas violé. Sauf qu’en ayant conclu des accords, notamment avec la Libye, l’Union européenne a habilement réussi à éviter que cet article s’applique puisque ce sont les garde-côtes libyens qui font le boulot!
Ce genre de propos alimente le rejet de l’autre, a fortiori s’il est étranger. On ne cesse de parler de l’état de droit, du respect des lois - ce qui est évidemment naturel - mais on n’hésiterait pas à faire une sélection des articles qu’on privilégie dans les conventions internationales, bafouant ainsi les avancées faites en matière de droits humains.
Lorsqu’on ose déclarer qu’il faut contourner un article de la CEDH ou même son interprétation, on foule aux pieds cette convention européenne. Et qu’on ne vienne pas rétorquer qu’il s’agit d’une querelle entre gauche et droite politiques. On ne touche pas aux droits de l’homme. Un point c’est tout!
Des femmes et des hommes se sont battus pour que l’être humain soit respecté dans sa dignité et dans ce qu’il est, quels que soient sa couleur de peau, ses croyances et son mode de vie. Certains l’ont payé de leur vie. Alors, il est temps de s’interroger sur quelle Europe nous voulons avoir? Et de s’inquiéter. Car la politique à l’égard des plus fragilisés devient chaque jour davantage inhumaine. C’est intolérable.
Jean-Jacques DURRÉ
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