Présenté au dernier festival de Cannes, Vers la lumière évoque l’univers des malvoyants à travers la technique de l’audiodescription. Sensible et poétique, ce drame lumineux permet de mieux cerner le cinéma japonais.
L’audiodescription consiste à décrire des images à l’aide du langage. Grâce à cette technique, les aveugles et les malvoyants comprennent pleinement le sens d’un film. Ainsi, Misako est une jeune Japonaise spécialisée dans l’audiodescription. Alors qu’elle enregistre sa voix en studio pour un nouveau film, un groupe de malvoyants commente à ses côtés la qualité de la retranscription. Ce sont eux les futurs spectateurs, chaque détail compte. Une expression est parfois trop abstraite, un mot est parfois trop faible par rapport à l’impact de l’image. Parmi le petit groupe, un photographe renommé conteste régulièrement la justesse des phrases prononcées par Misako. Appliquée, la jeune femme se remet en question…
Sorti en France en mai dernier, ce drame aurait pu ne pas débarquer dans les salles européennes s’il n’avait pas été réalisé par une certaine Naomi Kawase, figure de proue du cinéma japonais. Cette réalisatrice et auteure de 48 ans fut auréolée en 2009 du Prix de la Caméra d’Or à Cannes et fit même partie du jury du même festival en 2013 aux côtés de Steven Spielberg. Plus récemment, Naomi Kawase fit l’ouverture de la compétition Un certain regard en 2015 avec Les délices de Tokyo. C’est d’ailleurs lors de la retranscription en audiodescription des Délices de Tokyo que lui vint l’idée de mettre en scène Vers la lumière. "Ma présence au côté des malvoyants m’a permis de me questionner directement sur le vocabulaire utilisé et mes intentions de réalisation", affirmait à l’époque l’intéressée.
Douce romance
Comme souvent dans le cinéma japonais, Vers la lumière est bourré de symbolique et de poésie, il explore subtilement les relations humaines. A travers sa rencontre avec le photographe et ses questionnements autour de l’absence de son père, la jeune héroïne symbolise en quelque sorte la vigueur et l’espoir. Malgré sa jeunesse et sa naïveté, Misako représente une sorte de guide pour les malvoyants, en utilisant un langage adapté. La réalisatrice évoque également l’antagonisme entre la jeunesse et la vieillesse, représenté par la relation entre l’héroïne et le photographe expérimenté, de moins en moins capable de voir. Comme beaucoup de critiques l’avaient souligné lors de sa présentation à Cannes en mai dernier, Vers la lumière n’est peut-être pas l’œuvre la plus percutante de Naomi Kawase. Elle se découvre comme une douce poésie mais s’oriente au fil des séquences vers une sorte de romance à l’eau de rose assez classique. Vers la lumière vaut toutefois le détour car il permet de mieux cerner ce cinéma japonais si caractéristique. A l’instar des drames sociaux pour la Belgique, les drames poétiques et sensibles sont une vraie marque de fabrique du cinéma japonais. Naomi Kawase arrive magnifiquement à retranscrire les émotions et, surtout, parvient à rendre son message abordable pour le grand public.
Géry BRUSSELMANS
Présenté au dernier festival de Cannes, Vers la lumière évoque l’univers des malvoyants à travers la technique de l’audiodescription. Sensible et poétique, ce drame lumineux permet de mieux cerner le cinéma japonais.