Dimanche dernier, plus de 2.000 personnes ont formé une chaîne humaine entre le parc Maximilien et la gare du Nord à Bruxelles. Objectif: protester contre une opération qu’aurait planifiée la police fédérale pour procéder à des arrestations au moment où des bénévoles apportent de la nourriture aux migrants qui y résident. Ce geste est un vrai rayon de soleil. Grâce aux volontaires qui se sont mobilisés pour accueillir et héberger chez eux ces migrants, près de 200 d’entre eux se sont vu offrir l’hospitalité et quelque 300 autres avaient déjà été accueillis dès le samedi. Cet élan de solidarité fait chaud au cœur. Il rassure aussi et montre combien nos concitoyens prennent conscience du drame que vivent ces personnes, qui ont parfois risqué leur vie pour échapper à la guerre, aux exactions et aux divers conflits qui perdurent dans différents endroits de notre planète.
La mobilisation citoyenne pour protéger les migrants a des allures de résistance face à une politique restrictive en matière d’accueil et de protection. Les méthodes utilisées par les autorités rappellent des moments tragiques de l’Histoire. Lorsque le Premier ministre recadre son secrétaire d’Etat à la Migration et à l’Asile, en affirmant que ce n’est somme toute qu’une question de "communication et de style", c’est faux! Comment expliquer alors que des policiers en civil infiltrent les groupes de citoyens qui viennent en aide aux migrants? Pourquoi la police attend-t-elle l’heure de la distribution des repas pour procéder à des arrestations? Pourquoi les parlementaires discutent-ils d’un projet de loi qui permettrait aux forces de l’ordre de perquisitionner chez des gens soupçonnés d’héberger des migrants? Certes, ces "logeurs" ne risquent rien, mais si la loi est votée (au moment d’écrire ces lignes, la discussion est en cours), notre pays perdra encore un peu d’humanité. Quels crimes ont donc commis ces migrants? Celui de fuir la misère ou la guerre, avec pour conséquence de devoir tout abandonner et la cassure de leurs liens familiaux.
Venir en aide à des personnes en difficulté est un devoir moral. Certes, beaucoup de ces migrants sont sans papiers. Est-ce pour autant une raison de les traiter comme ils le sont? Nos autorités devraient être attentives. Peut-être sans le savoir, contribuent-elles à l’émergence de sentiments racistes et de rejet. Si effectivement, des Belges sont favorables à la politique actuelle (le fait que Theo Francken soit l’homme politique le plus populaire le prouve), il y a aussi des concitoyens qui se lèvent pour pallier l’inhumanité de l’Etat. Cela traduit leur sentiment de vivre dans un pays qui ne défend plus les valeurs humaines et morales.
Il est temps de casser des clichés. Non, nous ne sommes pas envahis! Dans le cas qui nous occupe au Parc Maximilien, on parle de 500 individus. Sur une population belge qui est de l’ordre de 11 millions d’habitants. Et on nous parle d’invasion? De même, notre culture n’est pas en danger, quoi qu’en pensent certains! C’est à nous d’entretenir notre forme d’organisation sociale, nos acquis et notre histoire. Si nous ne le faisons pas, alors le risque de les voir s’étioler est effectivement réel. Mais défendre notre mode de pensée et notre culture ne doit pas nous empêcher d’avoir des valeurs. Sans celles-ci, nous ne sommes que des êtres repliés sur nos intérêts personnels.
Ayons donc le courage de la solidarité. N’hésitons pas à nous lever pour barrer la route au populisme qui tente de faire croire que nous sommes en danger. Le maintien des valeurs morales est beaucoup plus important que les lois et les règlements, surtout si ces derniers transgressent des valeurs de solidarité et d’aide. Ce n’est pas un hasard si le pape François a placé la question des migrants au cœur de son pontificat, au risque de ne pas toujours être compris des catholiques eux-mêmes. Il entend nous inviter à concrétiser la Bonne Nouvelle au quotidien.
Jean-Jacques Durré
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