Le prisme déformant de soi-même


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Le prisme déformant de soi-même
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Ne croyez pas que je pars en croisade contre la laïcité organisée. Mais je ne peux pas rester sans réagir au propos du président du Centre d’Action laïque (CAL), Henri Bartholomeeusen. Dans une carte blanche publiée sur le site lesoir.be le 28 novembre 2017, ce dernier s’interroge sur la mise en place des couloirs humanitaires, grâce à l’action de l’Eglise catholique, en partenariat avec les autres chefs de cultes reconnus en Belgique. Si le président du CAL dit se féliciter pour les personnes concernées "qui vont ainsi retrouver un certain espoir et un équilibre de vie", il s’interroge sur les conditions dans lesquelles ces 150 personnes vont recevoir leur visa humanitaire: "Si comme d’autres, les organisations à caractère religieux ont parfaitement vocation à faciliter la prise en charge, l’accompagnement et l’intégration de migrants, n’oublions pas que la gestion des flux migratoires constitue bien une prérogative et un devoir de la puissance publique, une mission régalienne par excellence", écrit-il. Jusque là, on peut admettre. Mais, il me paraît à tout le moins inopportun de poser la question de savoir, "s’il n’y aurait pas là comme une entorse au principe de la non-ingérence des religions dans la gestion des missions publiques?"

Henri Bartholomeeusen n’hésite pas à mettre en doute la probité de l’Eglise catholique et des autres cultes par ces mots: "Au-delà des déclarations, n’y aurait-il pas, pour le gouvernement belge, deux poids, deux mesures? Des migrants religieusement adoubés, bienvenus, et d’autres qui ne le seraient pas?" C’est indigne. D’autant qu’il se demande encore dans quelles conditions se fera le choix des personnes auxquelles ce précieux visa humanitaire sera accordé: "Quelles seront les garanties d’objectivité et d’impartialité? Le seul critère de l’état de nécessité sera-t-il appliqué sans discrimination préalable ou a posteriori? (…) Puisse l’examen des demandes d’entrée sur notre territoire être exécuté sans discrimination, les décisions de ne pas être influencées par l’appartenance convictionnelle ou culturelle des demandeurs, c’est là un impératif légal et humain auquel aucune entorse ne saurait être tolérée."

Pour qui le président du CAL prend-il les responsables des associations caritatives confessionnelles et les chefs des cultes? Dans un dossier aussi sensible et dramatique que celui des migrants, cette prise de position est inconvenante. Mais il est vrai qu’on voit toujours les autres par le prisme déformant de soi-même. M. Bartholomeeusen et le CAL sont dans un combat idéologique. Qu’ils aient au moins le courage de le dire!

Jean-Jacques Durré
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