Fondée à la suite de l’affaire Dutroux et dans la foulée de la Marche blanche, l’association Child Focus n’en finit pas de grandir depuis bientôt 20 ans. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 700 volontaires qui se sont engagés à ses côtés en Belgique et forment un mouvement citoyen aux couleurs de l’enfance.
Maryse Rolland, porte-parole de l’association, distingue une évolution sensible de la société belge, traumatisée collectivement par l’affaire Dutroux. Car le traumatisme du rapt et de l’assassinat des fillettes en 1996 a été celui d’une nation, qui demeure particulièrement sensible. "Vingt ans après la psychose qui a suivi, à force de répéter que les enlèvements de type criminel sont extrêmement rares, les parents entendent qu’il ne faut pas mettre son enfant sous cloche, qu’il est important de lui dire que la plupart des adultes sont bienveillants. J’en veux pour preuve ce qui se passe chaque été à la mer du nord où 1.000 enfants perdent de vue leurs parents et sont aidés par d’autres adultes", dit-elle. En deux décennies, Child Focus a été l’objet d’une "professionnalisation" grandissante, avec une équipe désormais composée de juristes, de criminologues, de psychologues, des profils variés qui se complètent. Présente dans l’ensemble du pays, l’asbl a pour sujets de compétence les fugues, les enlèvements parentaux internationaux ou par des tiers et les disparitions de MENA, les mineurs étrangers non accompagnés. En quelques années, Child Focus est devenue une référence internationale en la matière. "Beaucoup se sont inspirés de notre modèle", se réjouit Maryse Rolland. "Plusieurs délégations venues de l’étranger ont essayé de comprendre notre modus operandi."
La prévention encore et toujours
Depuis 2014, l’exploitation sexuelle des enfants s’est ajoutée aux thématiques abordées par l’asbl. Il est évident que la Toile fourmille d’informations précieuses, mais aussi de multiples inepties, quelquefois dangereuses pour les plus fragiles des utilisateurs, au nombre desquels les (plus) jeunes. Même s’ils sont peu férus d’informatique, les parents sont en mesure de leur transmettre des réflexes ou des attitudes de sécurité pour préserver leur intimité et celle de leur entourage. Ne pas transmettre son mot de passe ou ne pas publier "de photos qu’ils ne montreraient pas à leur grand-mère" sont quelques-unes des recommandations élémentaires qu’il convient de leur rappeler. La prévention de l’exploitation sexuelle en ligne ou "dans le monde réel" occupe une large part des activités de l’association, qui propose un soutien téléphonique (116 000) ou en ligne (www.childfocus.be) et un panel d’outils didactiques pour tous ceux qui sont aux prises avec une problématique ou une question souvent douloureuse. "Child Focus s’adapte à chaque public cible. On a des pédagogues qui développent des outils, la plupart entièrement gratuits", précise la porte-parole de l’association. "Internet, c’est un porte-voix des bonnes actions, comme des mauvaises actions." L’actualité et ses dérapages imposent sans cesse de sensibiliser différemment le public par le biais de nouvelles méthodes ou campagnes.
Des scènes blessantes
En termes de pornographie enfantine, "la violence faite aux enfants est de plus en plus vive. Ceux-ci sont de plus en plus jeunes et les actes monstrueux. Aussi l’encadrement parental est-il primordial". La prévention face à la brutalité ou à la perversion de certaines images doit s’inscrire en amont de l’utilisation d’Internet. "Les filtres ne sont pas infaillibles, il y a tout un discours à mettre en place en parallèle." Le dialogue s’avère crucial, à la maison, à l’école, dans tous les espaces de vie, afin d’éveiller la vigilance des utilisateurs, qui sont aussi de potentielles cibles des prédateurs sexuels. "Nous sommes à l’affût de tous les partenariats possibles qui nous permettraient d’optimiser la prévention. Dans les écoles, ils sont très demandeurs en matière de sécurité en ligne. Child Focus apporte un programme pour tous, fait sur mesure. Il n’y pas de tabou, mais les propositions sont adaptées à l’âge des enfants." En 2016, plus de 800 séances d’information ont été assurées par des volontaires qui se rendent dans les établissements scolaires. Réaliste, Maryse Rolland est consciente de l’impossibilité d’"endiguer complètement ces problématiques, mais il s’agit d’éviter qu’il y ait tant de victimes". Depuis sa fondation, le bouche-à-oreille joue un rôle important dans la notoriété de Child Focus, qui défend une démarche "multigénérationnelle", avec de multiples partenariats "pour ancrer profondément la prévention". Faites passer le message!
Angélique TASIAUX
116 000 - 7/7j - 24/24h

Fondée à la suite de l’affaire Dutroux et dans la foulée de la Marche blanche, l’association Child Focus n’en finit pas de grandir depuis bientôt 20 ans. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 700 volontaires qui se sont engagés à ses côtés en Belgique et forment un mouvement citoyen aux couleurs de l’enfance. 
