Avons-nous perdu notre humanité? Avons-nous oublié notre sens de l’accueil? On me taxera encore de parler des réfugiés dans notre pays, que ce soit au Parc Maximilien ou près de la gare du Nord. Si j’aborde une nouvelle fois cette problématique, c’est parce que, la semaine dernière, près de 70 migrants dont 11 mineurs non accompagnés, ont été interpellés par la police bruxelloise. Pas toujours avec ménagement. Beaucoup ont aussi vu leurs maigres effets disparaître, voire jetés à la poubelle. Je comprends qu’en cette période d’insécurité, les forces de l’ordre procèdent à des vérifications d’identité ou vérifient le parcours de ces personnes. Mais ce qui heurte, c’est de voir la manière dont la police a emmené ces migrants à l’Office des Etrangers: les mains menottées dans le dos avec des liens auto-serrant. Comme des criminels! A l’issue de l’examen de leur dossier, nombreux seront ceux qui se retrouveront en centre fermé, comme des malfaiteurs.
Or, leur seul "crime" est d’avoir voulu fuir la guerre, la faim, la misère pour espérer trouver une vie meilleure ailleurs. Dans les Evangiles, Pilate interroge les autorités de l’époque à propos de Jésus: "Quel crime a-t-il commis?" La réponse, nous la connaissons.
Certains rétorqueront, à juste titre, qu’un centre fermé n’est pas une prison. Aux yeux de la loi, c’est vrai. Mais il y a un point commun: la privation de liberté! Or, d’après la Convention européenne des droits de l’Homme, la liberté doit être la règle, alors que l’enfermement est censé rester une mesure administrative exceptionnelle, de dernier ressort.
Le Jesuit Refugee Service Belgium, qui visite les centres fermés, dénonce lui aussi cette situation. Son constat? Que l’infrastructure des centres fermés comprend plusieurs éléments que l’on retrouve aussi dans les prisons, comme la présence de gardiens, des hauts murs, des barreaux et des barbelés, ainsi qu’un système de sanctions.
Je ne peux me résoudre à ce que des gens n’ayant commis aucun fait délictueux soient enfermés pour des raisons purement administratives. L’accueil est un devoir sociétal. Le nombre de réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe ou d’autres pays en paix représente 0,3% de la population mondiale! Et certains politiques parlent "d’invasion"?
Jean-Jacques Durré
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