Après la Conférence des évêques argentins, maltais ou encore allemands, les évêques de Belgique publient une lettre pastorale destinée à traduire, dans la pratique, certaines orientations d’Amoris laetitia, l’exhortation du pape François sur l’amour dans la famille. Cette lettre des évêques belges est remarquable à plus d’un titre, et s’inscrit dans un véritable tournant qui marque l’Eglise universelle depuis plusieurs années, sous la houlette de l’actuel évêque de Rome.
Ce tournant, essentiellement pastoral, concerne non seulement le mariage et la famille, mais tous les aspects de la vie de l’Eglise. Pour autant, il ne s’agit pas d’une révolution, mais bien d’une évolution, certes importante, comme il s’en produit à intervalles réguliers au cours de l’histoire du christianisme. Nous pensons bien sûr à la possibilité désormais ouverte, pour les personnes divorcées et remariées, d’accéder à la communion eucharistique, sous certaines conditions.
Comment comprendre un tel changement dans ce qu’on appelle, dans le jargon canonique, la discipline de l’Eglise? On peut souligner ici quelques points importants, qui concernent aussi bien Amoris laetitia que la lettre pastorale de nos évêques.
Premier point: l’enseignement essentiel de l’Eglise sur l’indissolubilité du mariage n’est pas remis en cause, mais au contraire réaffirmé. Ce qui change, c’est que le manquement, même définitif, à l’engagement, au sacrement du mariage n’entraîne pas nécessairement, de soi, une condamnation définitive. Tout péché peut être pardonné, y compris celui-là. Ce qui ouvre la possibilité pour le pénitent, même en restant dans une situation de rupture objective par rapport au sacrement du mariage, d’accéder, à nouveau, au sacrement de l’eucharistie.
Deuxième point: l’Eglise met en avant le rôle essentiel de la conscience du croyant dans la décision, ou non, de communier. Ce qui ne veut pas dire que le croyant décide "tout seul". Il le fait dans le cadre d’un dialogue avec l’Evangile, avec l’enseignement de l’Eglise qu’il est censé accepter, d’une part, et avec un accompagnateur spirituel, d’autre part. Mais la décision finale revient bel et bien au croyant. Cette importance accordée à la concience n’est pas neuve dans l’Eglise. Elle fait partie de son patrimoine théologique, spirituel et pastoral même si, ces dernières décennies, elle avait été quelque peu délaissée.
Dernier point: les deux synodes sur la famille de 2014 et 2015, et Amoris laetitia, ont inauguré un changement réel dans l’exercice de l’autorité dans l’Eglise. Si tout ce qui concerne la foi demeure l’apanage du pape et/ou d’un concile, certains aspects pastoraux du magistère peuvent désormais relever de la décision des conférences épiscopales. Ce dont on voit une belle illustration à travers la lettre que publient les évêques de Belgique.
Christophe Herinckx

