Edito – Le jour du poisson


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Edito – Le jour du poisson
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

Les journalistes se sont bien amusés ce samedi 1er avril. Comme d’habitude, la limite entre le vrai et le faux n’a pas toujours été si évidente à trouver, tant certaines infos avaient cette odeur de surréalisme auquel nous sommes quotidiennement habitués. Parmi les gros poissons, se cachaient de plus petits, plus subtils, plus sournois. Certaines plumes ont joliment noyé leur poisson dans les entrefilets. D’autres infos bien réelles ressemblaient par contre à de l’intox. Le 1er avril, derrière chaque article, il peut y avoir anguille sous roche. Mais lorsque les médias jouent de la sorte avec la vérité, n’y aurait-il pas confusion des genres?


Certes, ce type d’humour fait du bien car il défie nos certitudes et nous invite à un surcroît d’esprit critique. Toutefois, vu le développement inquiétant des fake news tout au long de l’année, certains quotidiens étrangers ont ouvertement annoncé qu’ils renonçaient à publier des poissons d’avril! Comment alors échapper au cercle vicieux? Ne sommes-nous pas confrontés à une forme subtile du paradoxe du menteur? Imaginez qu’un journaliste vous dise que son article est faux... Si ce qu’il dit est vrai, alors ce qu’il publie est faux! Et si ce qu’il dit est faux, cela veut dire que ce journaliste ne ment pas et qu’il dit donc la vérité…

Jouant avec la crédibilité, le 1er avril participe à cette naïveté qui présume que les infos du reste de l’année sont à la recherche de la vérité.

Or, par peur des idéologies, il faut reconnaître que notre monde contemporain repousse au loin la question de la vérité. Il lui préfère la question moins menaçante du "Comment bien vivre?"

A une semaine de la célébration de Pâques, la liturgie des Rameaux juxtapose le triomphe et la lecture de la Passion. L'échec côtoie le succès, la peine succède à la joie. Et au cœur du récit, Pilate lancera cette question blasée "Qu’est-ce que la vérité?" La Vérité va mourir mais la foule est en liesse car elle préfère bien vivre. De la confiance à la suspicion, de la vérité à l’accusation, quelques jours suffiront pour que Jésus perde. Se mettre sur le chemin de la vérité est parfois inconfortable, car cela nous oblige à nous remettre en question, à ne pas ranger la vérité du côté de l’utile ou de la foule… La vérité n’est pas quelque chose à détenir mais à faire. Osons-nous réellement chercher cette fragile vérité?

Didier Croonenberghs op

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