Aux championnats d’Europe d’athlétisme en Serbie, la délégation belge s’est encore distinguée. Nafissatou Thiam a brillamment décroché le titre européen du pentathlon, six mois après son titre olympique. Quant aux Belgian Tornados, ils ne sont pas parvenus à conserver leur titre au 4X400 mètres qu’ils avaient remporté il y a un an. Dans cet exercice particulier du relais, ils se sont néanmoins hissés à une très honorable seconde place.
Pour transmettre le témoin, il faut respecter la zone de passage et la zone d’élan. Il faut s’ajuster à la vitesse et au rythme de son coéquipier, puis lâcher prise à temps et non à contretemps. Que l’on soit sportif ou non, passer le relais est un art.
L’actualité —pas seulement hexagonale mais aussi et surtout la nôtre— nous montre bien souvent des personnes incapables de céder, de passer le témoin, d’accepter qu’un autre poursuive le combat ou franchisse la ligne. Lorsque l’ego prend le relais, lorsque nous refusons de nous unir et d’avancer ensemble, il n’y a plus de lâcher prise possible: c’est toujours à l’autre de se désister, de se rétracter, de faire un pas de côté… jamais à nous! Quel orgueil! Alors, avant de juger le rythme avec lequel nous estimons que les autres doivent faire le deuil de leurs projets, regardons d’abord les nôtres. Sommes-nous capables de passer le relais, d’abandonner ce qui nous a fait marcher un temps, afin de nous en remettre à un autre?
S’accrocher au pouvoir — ne serait-ce que le pouvoir sur notre vie — nous menace tous. Or, le pouvoir se donne, il ne se prend pas. A force de toujours vouloir faire — et parfois vouloir tout faire — la tentation du pouvoir n’est jamais loin. Et comme l’écrit Maurice Bellet avec humour, le Christ au désert a connu trois tentations: premièrement le pouvoir, deuxièmement le pouvoir, troisièmement le pouvoir… En ce sens abandonner — s’abandonner à l’Autre — est un réel engagement, un acte plein de sens.
Le Carême n’est pas une course qui nous inviterait à devenir spirituellement plus athlétique afin de mériter Pâques… Tout au contraire, il y a du don dans l’abandon et il est des jours où cet abandon devient victoire!
Didier CROONENBERGHS o.p.
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