Douce fermeté


Partager
Douce fermeté
Par Didier Croonenberghs
Publié le - Modifié le
2 min

La crise diplomatique et l’escalade verbale entre la Turquie et certains chefs d’Etat européens a de quoi nous inquiéter. Ces derniers jours, Recep Tayyip Erdogan, l’homme fort de la Turquie, s’en est vivement pris à l’Europe notamment après l’annulation de rassemblements en faveur de sa réforme constitutionnelle.

Au-delà de l’opportunité ou non de la campagne d’un chef d’état à l’étranger, la question des relations avec la Turquie divise les Européens. Certains craignent qu’Erdogan ne respecte plus les accords avec l’Europe et ne contienne plus les flux de réfugiés qui tentent d’atteindre le vieux continent. D’autres rappellent qu’il n’est en rien souhaitable de couper les ponts du dialogue avec la Turquie, sous peine de voir le pays sombrer plus encore dans une dictature sournoise. Entre fermeté et compromis, nous avons souvent du mal à trancher afin d’éviter l’escalade des tensions. Didier Billion, directeur de l’IRIS et spécialiste de la Turquie, suggère que c’est précisément la stratégie d’Erdogan: la tension, qui entraîne une fuite perpétuelle en avant.

Fondamentalement, cette crise internationale nous rappelle l’urgence des contre-pouvoirs de la justice et de la vérité: notre stratégie doit dès lors être celle de la "douce fermeté".

L’Evangile de la Samaritaine de ce troisième dimanche de Carême nous montre cette douce fermeté: fréquenter l’infréquentable est possible, au nom de cette vérité. Avant tout débat sur le fond, c’est donc d’une stratégie de l’attention dont notre monde a besoin. "Donne-moi à boire!" Toutefois, au puits de Sykar, Jésus n’a finalement pas reçu l’eau qu’il était venu chercher. Fatigué et épuisé, Jésus veut étancher sa soif, mais la Samaritaine ne lui donne pas à boire. D’autre part, cette femme, laissant sa cruche, n’est pas repartie avec l’eau dont elle pensait avoir besoin, mais avec bien davantage que ce qu’elle espérait.

Voilà l’expérience de toute rencontre: l’attention mutuelle qui démine les tensions. Certes, peu d’indices politiques nous donnent actuellement à croire en une "remontada" dans les relations diplomatiques... Espérons néanmoins que dans cette crise, nous repartions avec davantage de justice et de vérité que ce que nous imaginions recevoir!

Didier CROONENBERGHS o.p.

Vos réactions sur [email protected]

Catégorie : En dialogue

Dans la même catégorie