Partir sans exigences


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Partir sans exigences
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Agée de 23 ans, Marie Cornet est sur le point de partir au Brésil, avec l’organisation catholique de solidarité internationale Fidesco. Un projet mûrement réfléchi pour cette jeune femme portée par sa foi.

fidescoEnthousiaste, Marie est habitée par "un désir d’ouverture au monde, de rencontrer d’autres cultures, d’autres réalités sociales, de servir, de se donner plus largement que dans des petits services quotidiens, de compassion, d’être auprès des plus pauvres". Durant ses années d’étude, elle avait déjà relevé des défis en s’impliquant comme cheftaine à la 50e unité Reine Astrid, une unité qui accompagne des personnes handicapées, sans oublier son engagement dans la paroisse étudiante à Louvain-La-Neuve et dans le pôle jeunes à Ixelles. Ce dessein d’expatriation, Marie ne le concevait pas dans un cadre professionnel, mais plutôt humanitaire. Elle était en quête d’un projet porté dans une démarche d’Eglise et intégré dans une démarche de foi, puisque la prière est une dimension importante de sa vie. Aujourd’hui, la jeune femme se dit "conquise par l’aspect faire et être sur place". Consciente des enjeux, elle sait qu’elle ne va pas révolutionner le monde, mais qu’elle a "un travail concret et une mission à réaliser sur place". En toute simplicité et humilité. Travailler aux côtés de futures mamans et de prostituées au Brésil ne relève pas de l’évidence. L’annonce fut d’ailleurs, pour elle, une grande surprise. "Le principe de Fidesco c’est qu’on ne décide pas de l’endroit où on part, mais on accepte de se laisser envoyer par quelqu’un d’autre là où il y a une demande. L’Eglise locale demande des volontaires à Fidesco, qui les sélectionne suivant leurs profils. Au premier abord, c’est un peu déstabilisant, mais la mission c’est aussi d’accepter de se laisser porter. Dans mes différents engagements, j’ai toujours aimé me mettre au service. Pendant mes études de logopédie, j’ai fait un stage auprès d’enfants handicapés et un autre près d’adultes cérébro-lésés. J’ai eu envie, après mes études, de m’ouvrir à une autre réalité et de partir. En mûrissant ce désir, j’ai découvert Fidesco. Je n’avais pas de connaissances qui soient partis dans la même démarche."

Un témoignage différent

Deux ans, voilà une durée qui n’est pas anodine. La preuve, c’est que Marie entend souvent des réactions de jeunes surpris par son choix. "On part de plus en plus, parfois pour six mois. Mais la démarche de Fidesco est différente des voyages professionnels, touristiques ou plus confortables. C’est une initiative qui interroge et questionne pas mal de mes amis qui trouvent la démarche géniale mais ne sont pas prêts à l’accomplir eux-mêmes." Dans la prise de décision de Marie, deux arguments ont été décisifs. "Partir deux ans, c’est un atout pour la mission sur place. Partir au Brésil, c’est apprendre le portugais, découvrir une nouvelle culture, ça prend du temps! La durée donne davantage de liberté. D’autre part, je ne pars pas pour faire une parenthèse et reprendre ensuite ma vie comme avant, mais pour donner dans la continuité de ma vie. Je n’ai pas beaucoup de courage, mais un grand désir. Je ne m’estime pas plus forte que quelqu’un d’autre." Au Brésil, Marie rejoindra d’autres volontaires. "Nous serons à trois au service de la même association sur place et à partager le même toit. Nous recevrons une indemnité de Fidesco pour être en mesure de vivre dans des conditions modestes mais justes, c’est-à-dire qui soient adaptées au coût de la vie locale. Le financement fonctionne via le ministère des Affaires étrangères français et des dons, puisque nos missions sont parrainées. On se doit d’ailleurs d’envoyer à nos parrains un rapport de mission tous les trois mois."

Envoi depuis Paray-le-Monial

Le lancement officiel des volontaires a eu lieu en juillet dernier, lors de la session d’envoi à Paray-le-Monial, en juillet. "On est une soixantaine à partir. Il y a une grande union entre les différents volontaires. C’est impressionnant de rencontrer d’autres gens qui ont cette même aspiration avec une réalité très différente, puisqu’il y a des couples, des familles, des célibataires. Certains ont déjà travaillé, d’autres pas. Nous avons vécu des temps forts de préparation ensemble et ensuite nous partons tous dans des endroits différents, en Asie, en Afrique… Il y a quelque chose qui nous unit." Lors des temps de formation, plusieurs entretiens sont prévus pour aiguiller vers la destination retenue. Les participants n’ont toutefois pas le choix du continent… "On ne peut mettre aucune clause." Lucide, Marie est déjà en mesure d’évoquer l’avenir. "Ce type d’expérience transforme beaucoup. Le retour est une étape difficile à assumer. On sait pourquoi on part en mission, mais on ne sait pas quel projet on va mener en Belgique. A mon retour, j’espère être encore plus motivée pour m’engager ici en Belgique." La future expatriée aimerait poursuivre ses activités avec l’éclairage d’outre-mer. "Ce n’est pas dans le désir de fuir les réalités belges que je m’en vais, mais pour vivre une autre expérience et la mettre ensuite à profit en Belgique." Le lien avec la nation-mère ne sera d’ailleurs pas rompu. "J’ai la chance d’avoir Internet sur place, mais je ne ressens pas le besoin d’avoir un œil tout le temps ici. Certains anciens volontaires disent que c’est parfois compliqué à gérer d’avoir Skype, Internet et trop de liens avec l’Europe. Il faut s’imposer un rythme qui soit raisonnable. Des contacts quotidiens sont inutiles, mais on peut quand même s’appeler davantage que tous les trois mois!"

Angélique TASIAUX

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