Le pape François a reçu en audience le Grand Imam d'Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb, lundi 23 mai 2016 à la mi-journée au Vatican. L’entrevue, qui a duré une trentaine de minutes, a été "très cordiale", selon le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.
Le Saint-Père et le Grand Imam d'Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite ont souligné "la grande signification de cette nouvelle rencontre dans le cadre du dialogue entre l'Eglise catholique et l'Islam". Selon le Saint-Siège, leur échange a ensuite porté sur "l’engagement commun des autorités et des fidèles des grandes religions pour la paix dans le monde, le refus de la violence et du terrorisme, la situation des chrétiens dans le contexte des conflits et des tensions dans le Moyen-Orient, ainsi que leur protection. Le pape a offert au Grand Imam d'Al-Azhar un médaillon représentant l’olivier de la paix ainsi qu’une copie de son encyclique Laudato Si’.
A l’issue de l’audience, et avant de quitter le Palais apostolique, Ahmed al-Tayeb s’est également brièvement entretenu avec le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, accompagné du secrétaire du dicastère Mgr Miguel Ángel Ayuso Guixot qui l'avaient accueilli à son arrivée.
Des relations en dents de scie
Si le dialogue avec l’Université Al-Azhar a commencé en 1998, c’est deux ans plus tard, dans la soirée du 24 février 2000, que Jean Paul II avait rendu visite au cheikh Mohammed Sayed Tantawi. "L’avenir dépendra du dialogue et des relations entre les différentes cultures religieuses", avait alors déclaré l’imam Tantawi après un entretien privé d’une quinzaine de minutes avec le pape polonais. "L’islam est porteur d’une grande culture", avait assuré pour sa part Jean Paul II. "C’est seulement en reconnaissant cela que l’on pourra construire l’avenir de l’humanité et de l’histoire", avait-il poursuivi. Pour marquer cette rencontre historique, le comité de liaison islamo-catholique - né en mai 1998 - décide alors de se réunir chaque année autour du 24 février. Il condamne rapidement les attentats du 11 septembre 2001, jugeant que "de tels actes de violence ne sont pas une voie pour apporter la paix au monde". En février 2002, il se réunit autour du thème: "L’extrémisme religieux et ses effets sur l’humanité".
En mars 2007, une visite historique au Vatican du cheikh de la grande mosquée d’Al-Azhar est annoncée. Mais, dans le contexte des tensions islamo-chrétiennes issues du discours de Benoît XVI à Ratisbonne (septembre 2006), cette rencontre est reportée sine die. Les rapports entre Al-Azhar et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux sont alors en dents de scie. Ils se cristallisent début 2011 alors que Benoît XVI vient d’appeler à protéger les minorités chrétiennes après un attentat à la bombe contre une église, à Alexandrie, au nord de l'Egypte. Une demande perçue dans le pays comme une ingérence.
Dégel avec le pape François
Depuis le début de son pontificat, le pape François a tout mis en œuvre pour le dégel des relations avec Al-Azhar et le monde musulman dans son ensemble. En août 2013, il a commencé par donner une tournure très personnelle au traditionnel message envoyé au monde musulman après le mois du jeûne du Ramadan. Puis il a envoyé des émissaires au Caire, avant de recevoir au Vatican, fin 2014, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. L’homme fort égyptien lutte avec détermination contre les Frères musulmans. La visite au Vatican du cheikh Ahmed Mohamed el-Tayeb doit marquer définitivement le dégel des relations entre Rome et la plus haute instance de l’islam sunnite. Le pape François, s’appuyant sur sa grande popularité, promeut une "culture de la rencontre", au-delà des tensions qui peuvent exister, comme il l'a récemment montré en rencontrant le patriarche orthodoxe de Moscou.
Radio Vatican/cath.ch/apic
Apic/cath.ch– Photo: Le cheikh Ahmed el-Tayeb, grand imam de l'Université Al-Azhar (European External Action Service/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0)

