Nous publions une opinion de l'abbé Philippe Mawet, responsable de l'Unité pastorale "Stockel-aux-Champs" dans la région bruxelloise.
Sans doute l'expression n'est-elle pas tout à fait juste! Il reste que, depuis plusieurs mois, on parle de ces "cours de rien" qui risquent de ressembler à un "cours fourre-tout". Il est évident que nous vivons aujourd'hui une crise de la transmission.
S'il y a des "cours de rien", c'est peut-être aussi parce que nous ne sommes sûrs de rien. Tout peut toujours être remis en question et le temps des certitudes semble voué aux oubliettes de l'Histoire. Cela engendre un relativisme qui fait que rien n'est jamais certain et qui fragilise nos façons de penser. Certes, rien ne peut heureusement interdire la liberté de penser et il serait encore pire -et inadmissible- de vivre dans des systèmes qui ne permettent aucune autonomie de penser (et d'exprimer sa pensée). C'est ce qu'on appelle la dictature. Reconnaissons donc les bienfaits de cette aspiration à ne pas être enfermés dans des systèmes clos où la liberté serait, tout simplement, interdite. C'est d'ailleurs la pratique actuelle de nombreux pays où s'ajoute, assez "normalement", l'interdiction de croire et de pratiquer sa religion jugée subversive. D'où les persécutions.
Il nous faut donc envisager une façon de transmettre un "vivre ensemble" où chacun peut se retrouver. Non pas sur le modèle d'une pensée unique mais sur des fondements qui ont une profondeur telle qu'ils puissent garantir la solidité du projet et la liberté des adhérents, ici des citoyens. Quelles sont ces valeurs citoyennes qui permettent un consensus?
Je crois d'abord qu'elles ne sont pas neutres. Il faut les choisir, les assumer et les faire vivre. Revendiquer la neutralité, c'est -de fait- se condamner à créer des cours de rien! Car, finalement, qu'est-ce qui est neutre? La solidarité? La démocratie? Au nom de quels critères objectifs (!) peut-on imposer ces valeurs subitement reconnues comme universelles? Rien n'est simple mais il n'y a pas d'enseignement ni de "vivre ensemble" sans conviction ni adhésion. A moins de réduire l'enseignant à un robot chargé de répéter sans s'impliquer, la citoyenneté risque vite de se trouver sur la pente dangereuse de la pensée unique.
Je crois qu'il faut retrouver le sens de la transcendance (que les chrétiens appellent Dieu). Il n'y a pas de transmission sans un rapport à la transcendance capable de donner sens et souffle à un contenu qui mérite mieux qu'une neutralité confinée dans le "citoyennement correct".
Osons la pluralité des convictions respectueuse des différences et soucieuse du bien commun. Il y aura toujours plus dans les cours de morale d'où les convictions ouvertes ne sont pas absentes et dans des cours de religion, ouverts eux aussi, où Dieu est reconnu comme Celui qui vient fonder le bonheur, la dignité humaine et la vocation de tout humain à l'éternité.
J'ose y croire... et ce n'est pas neutre!
Abbé Philippe Mawet
